L’art est un souffle, l’IA un bricolage
Éteignez vos téléphones portables, repérez les sorties de secours et laissez l’IA en dehors de ça..
L'article explique que le mot art trouve son origine dans le terme latin ars, lui-même issu du grec techne. Ces mots désignaient à l'origine la maîtrise d'une technique ou d'un savoir-faire, comme la tapisserie, la menuiserie ou la médecine. Ainsi, l'art n'était pas réservé aux activités esthétiques, mais couvrait tous les domaines où un savoir-faire était requis. Au fil du temps, une distinction s'est opérée entre les arts mécaniques (liés à l'artisanat) et les arts libéraux (liés aux disciplines intellectuelles). Plus tard, la notion de beaux-arts est apparue, se concentrant sur l'agrément, l'esthétique et la performance exceptionnelle, s'éloignant de sa fonction utilitaire initiale. Cette évolution s'est accélérée au XIXe siècle, période où l'art a commencé à affirmer son rôle comme témoignage de l'humanité et de l'identité.
L'auteur souligne que l'art a choisi de se distancier des métiers et de l'artisanat au XIXe siècle, un moment où les machines commençaient à remplacer les travailleurs manuels, puis plus tard les cols blancs. Cette période coïncide avec l'émergence de philosophes comme Schelling ou Kant, ainsi que du romantisme, qui ont contribué à cette transformation. L'art est alors devenu un moyen d'exprimer les sentiments, les récits, l'identité et une critique du monde, comme le décrit le poète Gaston Miron avec l'expression « tel qu'il gronde en nous ». L'art est comparé à un saltimbanque, un artiste précaire qui danse sur une estrade étroite, tandis que d'autres, comme les banquiers, profitent de cette précarité. Cette métaphore illustre le contraste entre la fragilité de l'artiste et la stabilité des puissants.
L'intelligence artificielle (IA) est présentée comme un bricolage, une technologie qui ne crée pas véritablement, mais qui assemble et imite. L'auteur la compare à un automate prodigieux capable de remplacer l'artiste, mais sans en posséder l'essence. L'IA se nourrit du travail des artistes, des savants et même des données personnelles des utilisateurs, ce qui en fait une technologie vorace et manipulatrice. Elle est décrite comme une succube technologique, car elle exploite les ressources humaines pour générer des profits, notamment en captant l'attention et les données des utilisateurs. L'IA est également associée à un technofascisme numérique, un système qui cherche à rendre les individus plus prévisibles et contrôlables pour maximiser les gains économiques.
L'auteur insiste sur le fait que l'IA amoindrit la part de notre esprit qui est outil et qui l'a créée. Elle est qualifiée de menace ontologique, car elle menace notre essence même en devenant indispensable. Utiliser l'IA pour créer de la littérature ou de l'art est comparé à « mettre le feu à sa maison pour se réchauffer », une métaphore illustrant l'absurdité de cette démarche. Bien que l'IA puisse produire des œuvres qui provoquent des émotions, comme un texte de Réjean Ducharme, cela n'a selon l'auteur aucun intérêt, car cela ne reflète pas l'humanité, la vulnérabilité et la singularité de l'artiste. L'IA ne peut pas témoigner de notre condition humaine, contrairement à l'art traditionnel.
L'art est défini comme un témoignage de notre humanité, un moyen de nous rassembler autour de la beauté tragique de la vie. L'auteur cite la dernière scène du film Hamnet de Chloé Zhao, où une foule de spectateurs tend les mains vers un comédien mourant sur scène, symbolisant l'empathie et la connexion humaine. Cette scène illustre que l'art est une expérience collective, où les émotions sont partagées et où la vulnérabilité de l'artiste devient celle du public. L'art est décrit comme une histoire de souffle, de vie et de mort, où les humains, conscients de leur finitude, se racontent eux-mêmes et le monde. Contrairement à l'IA, l'art est une affaire entre humains, une expérience qui ne peut être reproduite par une machine.
L'article se conclut par un appel à éteindre les téléphones portables, à repérer les sorties de secours et à exclure l'IA des expériences artistiques. L'auteur souligne que l'art est *notre affaire*, une expérience qui se vit entre humains et qui ne peut être remplacée par une technologie. Il invite le lecteur à privilégier les expériences humaines et à résister à la tentation de confier la création artistique à des outils automatisés. L'IA, bien que puissante, ne peut pas remplacer la profondeur, l'authenticité et la vulnérabilité de l'art traditionnel, qui reste un pilier de notre humanité.

