Au Liban, la littérature francophone trouve de moins en moins preneur
Le Liban, pourtant particulièrement francophone, boude de plus en plus la littérature en français. Pour “L’Orient-Le Jour”, la raison est à trouver du côté des crises économiques qui fragilisent le secteur, mais pas que..
Le Liban entretient une relation culturelle forte avec la francophonie, une communauté de pays utilisant le français comme langue officielle ou culturelle. Selon l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), 38 % de la population libanaise est parfaitement francophone. Ce lien historique s’explique par l’influence française au Liban, notamment pendant le mandat français (1920-1943). Le pays a produit des écrivains francophones renommés, comme Amin Maalouf ou Georgia Makhlouf, dont les œuvres ont marqué la littérature. Pourtant, cette tradition littéraire perd progressivement de son importance dans le paysage culturel libanais contemporain.
Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique et sécuritaire majeure qui a profondément fragilisé le marché du livre. Cette crise a appauvri la classe moyenne, traditionnellement lectrice, et poussé une partie de celle-ci à l’émigration. Parallèlement, l’usage du français recule dans la culture libanaise, notamment chez les jeunes générations. Ces facteurs combinés expliquent pourquoi la littérature francophone trouve de moins en moins preneur dans le pays. Les difficultés sont telles que certains éditeurs locaux, comme Hachette Antoine, publient désormais 90 % de leurs ouvrages en arabe plutôt qu’en français.
Les chiffres illustrent la faible demande pour les livres francophones au Liban. Un ouvrage en français s’y vend en moyenne entre 500 et 1 000 exemplaires, un volume très faible pour un marché du livre. Cette situation rend le pari de publier en français risqué pour les éditeurs locaux. Par exemple, la maison d’édition Dergham, créée en 1999 et initialement centrée sur le français, a dû élargir son catalogue à l’arabe et à l’anglais pour s’adapter à cette réalité. Malgré ces ajustements, les petites structures éditoriales font face à des défis structurels majeurs.
Les éditeurs libanais francophones rencontrent plusieurs obstacles. D’abord, le réseau de distribution est fragile : sans une logistique solide, même les aides à la publication ne suffisent pas à assurer la pérennité des maisons d’édition. Ensuite, ils doivent rivaliser avec les éditeurs français, dont les moyens financiers et logistiques permettent une diffusion bien plus large des ouvrages. Enfin, la concurrence des livres numériques et des plateformes comme Amazon pousse certains éditeurs à adopter des modèles alternatifs, comme l’édition à compte d’auteur ou la conversion des livres en format électronique.
Malgré ces difficultés, certains éditeurs libanais tentent de sauver la littérature francophone en adaptant leur offre. Par exemple, la maison Calima mise sur des genres populaires au Liban, comme la biographie, pour toucher un public local. D’autres se tournent vers des formats moins coûteux, comme l’édition numérique, ou ciblent des niches spécifiques. Ces initiatives montrent que l’édition francophone libanaise conserve des acteurs engagés, mais leur impact reste limité. Comme le souligne Zéna Zalzal, rédactrice adjointe à *L’Orient-Le Jour*, ces efforts ne suffiront peut-être pas à inverser la tendance, mais ils démontrent une volonté de résistance culturelle.

