Les data centers sont devenus la nouvelle mine d'or des cambrioleurs
La ruée vers l'intelligence artificielle fait exploser la valeur des composants informatiques, au point de transformer les livraisons destinées aux centres de données en cibles privilégiées du crime organisé..
Les data centers (centres de données en français) sont des bâtiments spécialisés qui stockent et traitent des quantités colossales d’informations numériques. Leur valeur a explosé avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), qui nécessite des équipements coûteux comme des processeurs IA (puces électroniques optimisées pour l’IA) ou des systèmes de refroidissement (dispositifs pour éviter la surchauffe des machines). En France, les investissements dans ces infrastructures ont atteint 67 milliards d’euros en 2025, avec 93 milliards supplémentaires prévus en 2026. Pourtant, ces centres emploient peu de personnel, ce qui les rend vulnérables aux intrusions. Leur matériel, très recherché, attire les voleurs, notamment dans la chaîne d’approvisionnement où les équipements transitent avant d’être installés.
Le vol de fret désigne le pillage de marchandises en transit, comme des camions transportant des équipements pour data centers. Aux États-Unis, ce phénomène coûte 35 milliards de dollars (31 milliards d’euros) par an, tandis qu’en Union européenne, le préjudice s’élève à 8,2 milliards d’euros. En juin 2026, des policiers américains ont récupéré deux semi-remorques volés en Alabama, contenant pour 1,3 million de dollars (1,1 million d’euros) de matériel, dont 300 000 dollars (260 000 euros) de cuivre (métal très prisé pour sa conductivité électrique). D’autres vols similaires ont été signalés en Floride, avec jusqu’à 5 millions de dollars (4,4 millions d’euros) de marchandises disparues. Le crime organisé cible particulièrement ces cargaisons en raison de leur haute valeur et de leur revente facile.
Les cambrioleurs utilisent désormais l’intelligence artificielle générative pour optimiser leurs vols. Par exemple, ils envoient des emails de hameçonnage (messages frauduleux incitant à cliquer sur un lien ou à fournir des informations) aux employés des entreprises de transport pour voler leurs identifiants. Une fois infiltrés dans les systèmes, ils repèrent les cargaisons les plus rentables et se font passer pour des livreurs légitimes en utilisant de fausses identités. Selon Emily Williams (vice-présidente de Geotab, une entreprise spécialisée dans le fret), ces méthodes permettent aux voleurs de cibler précisément les équipements les plus lucratifs, comme les racks de serveur (structures supportant les serveurs), la mémoire vive (composant informatique) ou le cuivre. Le crime organisé est désormais plus stratégique, avec des revenus en hausse de 60 % en 2025 en Amérique du Nord, atteignant 725 millions de dollars (635 millions d’euros).
Pour lutter contre ces vols sophistiqués, les experts recommandent des mesures technologiques avancées. Les entreprises de transport peuvent installer des *caméras de surveillance* (y compris dans les camions), des *capteurs* (dispositifs détectant les mouvements ou les ouvertures anormales) et des *systèmes de sécurité intégrés* (logiciels de suivi en temps réel). *Emily Williams* souligne que la fragmentation des systèmes de sécurité crée des *angles morts* (zones non surveillées) exploités par les voleurs. Une approche unifiée, combinant plusieurs outils, permettrait de réduire ces failles. Par exemple, des logiciels de *visibilité en temps réel* (outils affichant la position et l’état des cargaisons en direct) peuvent alerter en cas d’anomalie, comme un détour ou une ouverture de porte inattendue. Ces solutions visent à rendre les vols moins rentables et plus risqués pour les criminels.

