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Généraliste

Le coût du tri des matières recyclables a explosé au Québec

ICI Radio-Canada · mis à jour 2 oct.

Les tarifs des centres de tri ont presque triplé depuis que la gestion de la collecte a été confiée au privé..

Triplicat des coûts

Depuis le 1er janvier 2025, la gestion de la collecte sélective des matières recyclables au Québec est confiée à Éco Entreprises Québec (EEQ), un organisme privé à but non lucratif. Cette réforme a entraîné une hausse spectaculaire des coûts pour les centres de tri. En 2025, EEQ a versé 262 millions de dollars aux centres de tri, contre seulement 98,6 millions de dollars en 2024, alors que les volumes traités étaient similaires. Cela représente une augmentation de près de 167 %, passant d’un coût moyen de 135 $ la tonne en 2024 à une fourchette de 240 $ à 440 $ la tonne en 2025. Cette explosion des coûts a surpris les entreprises qui financent le système et les acteurs du recyclage, habitués à des tarifs bien inférieurs.

Changement de gestion

Avant 2025, les municipalités géraient elles-mêmes la collecte sélective et négociaient directement avec les centres de tri. Depuis cette date, c’est EEQ qui a pris le relais, en tant qu’organisme responsable du financement et de la gestion du système. EEQ a signé 21 contrats avec des exploitants de centres de tri, pour une valeur totale de plus de 1,3 milliard de dollars sur des périodes allant de 3 à 10 ans. Ces contrats incluent des investissements de 95 millions de dollars pour moderniser les installations. Cependant, cette transition s’est accompagnée de critiques sur la méthode de négociation, jugée trop rapide et peu transparente par plusieurs acteurs.

Manque de concurrence

Plusieurs sources, dont d’anciens cadres d’EEQ et des gestionnaires de centres de tri, dénoncent l’absence de véritable concurrence dans l’attribution des contrats. Selon eux, EEQ a négocié directement avec les centres de tri sans lancer de procédure d’appel d’offres classique, où plusieurs fournisseurs soumissionnent. Les contrats ont été attribués en urgence pour éviter une rupture de service en janvier 2025, ce qui a donné un avantage aux centres de tri dans les négociations. Un gestionnaire de centre de tri explique avoir reçu une offre standardisée, sans marge de manœuvre pour négocier. Cette situation a conduit à des prix jugés excessifs par les entreprises financant le système.

Nouvelles exigences

EEQ a imposé des normes plus strictes aux centres de tri, notamment en matière de performance et de qualité du recyclage. Ces exigences visaient à réduire la quantité de déchets envoyés en enfouissement et à augmenter le taux de recyclage. Cependant, elles ont aussi entraîné des coûts supplémentaires. Par exemple, les centres de tri ont dû investir dans du matériel plus performant et embaucher du personnel pour atteindre ces nouveaux standards. Kevin Morin, directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales, souligne que ces normes « excessivement élevées » se reflètent dans les prix facturés à EEQ. La PDG d’EEQ, Maryse Vermette, confirme que ces nouvelles règles ont alourdi la facture, mais qu’elles étaient nécessaires pour améliorer la qualité du recyclage.

Perte de revenus

Les centres de tri ne peuvent plus tirer de profits de la vente des matières recyclables, car celles-ci appartiennent désormais à EEQ. Cette situation a réduit leurs revenus, notamment parce que les contenants consignés (comme les bouteilles en plastique ou en verre) ne passent plus par les centres de tri. Selon Kevin Morin, cette perte représente entre 15 $ et 20 $ par tonne traitée. De plus, les centres de tri ont reporté une partie des coûts de modernisation sur EEQ, qui les répercute ensuite sur les entreprises financant le système. Annick Van Campenhout, vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, estime que les centres de tri ont profité de la réforme pour augmenter leurs prix en prévision des investissements nécessaires.

Ce que ça pourrait changer

Face à la hausse des coûts, le gouvernement du Québec a dû intervenir. En mars 2025, il a accordé une aide financière de 27 millions de dollars à EEQ pour soutenir les entreprises financant la collecte sélective. Cette subvention visait à atténuer les pressions financières du nouveau système. Parallèlement, le gouvernement a décidé de reporter à 2030 les objectifs de recyclage initialement fixés à 2025, sous la pression d’EEQ et des entreprises. Un ancien cadre d’EEQ critique cette décision, estimant que le gouvernement cautionne une gestion déficiente du système en subventionnant des entreprises privées. Maryse Vermette, PDG d’EEQ, défend quant à elle la nécessité de ces ajustements pour assurer la transition vers un système plus performant.

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