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Les impacts des éoliennes sur les oiseaux demeurent méconnus au Québec

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Des spécialistes réclament plus de recherche pour éviter de découvrir des conséquences néfastes après coup..

Éoliennes et oiseaux

Au Québec, le développement de l'énergie éolienne s'accélère avec un objectif de 10 000 mégawatts supplémentaires d'ici 2035, soit une augmentation significative de la part du vent dans la production électrique. Cependant, ces projets éoliens se situent souvent dans des zones ventées, essentielles pour les oiseaux migrateurs. Jean-François Therrien, directeur scientifique de l'Observatoire d'oiseaux de Tadoussac, souligne que les connaissances sur les impacts des éoliennes restent limitées, notamment pour les espèces autres que les oiseaux de proie. Les recherches actuelles ne couvrent pas suffisamment les déplacements des oiseaux migrateurs ou les effets à long terme sur les populations. Malgré 20 ans de discussions lors d'audiences publiques, les lacunes persistent, notamment en raison de l'évolution des technologies éoliennes, comme des tours atteignant 200 mètres de haut, contre 125 à 135 mètres auparavant.

Grive de Bicknell

La grive de Bicknell, un petit oiseau en situation précaire, est particulièrement menacée par les projets éoliens au Québec. Cette espèce niche dans les forêts de montagne, notamment sur les sommets des monts Chic-Chocs, des zones convoitées pour l'installation d'éoliennes. La construction de ces installations implique souvent la coupe forestière et la création de chemins d'accès, ce qui détruit ou fragmente son habitat. En 2024, lors des audiences sur le projet éolien de la seigneurie de Beaupré, près de Québec, des experts ont demandé une meilleure protection de l'espèce. Bien que le projet ait été autorisé, les incertitudes sur l'état des populations de grives de Bicknell persistent. Des suivis menés entre 2004 et 2016 dans deux parcs éoliens ont montré que les grives revenaient huit ans après la fin des travaux, mais on ignore si elles parviennent à se reproduire avec succès.

Protection des habitats

Pour limiter les impacts sur les oiseaux, le ministère de l'Environnement du Québec, en collaboration avec l'Université Laval et le Service canadien de la faune, développe des méthodes pour repérer et protéger les habitats critiques avant la construction des éoliennes. Une technologie appelée LiDAR (cartographie par laser) permet de cartographier la végétation avec précision et d'identifier les zones essentielles pour des espèces comme la grive de Bicknell. Les promoteurs doivent ensuite vérifier la présence de ces oiseaux sur le terrain. Si des grives sont détectées, les éoliennes doivent être déplacées ou évitées. Cette approche préventive est également appliquée pour le hibou des marais, un oiseau de proie fréquentant les milieux ouverts. Des émetteurs sont installés sur certains individus pour suivre leurs déplacements et déterminer les zones à exclure pour les éoliennes.

Chauves-souris en danger

Les chauves-souris sont également affectées par les éoliennes. Selon des suivis réalisés dans une trentaine de parcs québécois jusqu'en 2017, entre 4 000 et 5 000 chauves-souris étaient tuées chaque année par les éoliennes. La question se pose : ces populations peuvent-elles supporter cette mortalité ? Des simulations menées sur la chauve-souris cendrée, une espèce migratrice, indiquent un risque de déclin à long terme sans mesures de protection. Pour réduire ces pertes, le Québec impose des arrêts temporaires des éoliennes lors des nuits d'été où le vent est faible (moins de 5,5 mètres par seconde), périodes pendant lesquelles les chauves-souris sont particulièrement actives. Des arrêts ciblés peuvent aussi être déclenchés lorsque des oiseaux ou chauves-souris s'approchent dangereusement des éoliennes.

Solutions innovantes

Plusieurs solutions sont testées pour réduire les collisions entre oiseaux et éoliennes. En Norvège, une expérience consistant à peindre une pale en noir a permis de réduire de 70 % la mortalité des oiseaux par rapport aux éoliennes témoins. Ce résultat reste à confirmer dans d'autres contextes. D'autres initiatives, comme l'arrêt temporaire des éoliennes lorsque des oiseaux de proie s'approchent, sont déjà appliquées en Espagne et en Californie. Au Québec, le parc éolien de la seigneurie de Beaupré, actuellement en construction, pourrait servir de laboratoire pour étudier les impacts à long terme sur les oiseaux. Les experts souhaitent notamment mieux comprendre leur comportement, leur survie et leur capacité à se reproduire près des installations, afin d'améliorer les mesures de protection.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les impacts sur la faune, les énergies fossiles représentent une menace encore plus grande pour les oiseaux, selon Jean-François Therrien. L'amélioration des connaissances sur les effets des éoliennes permettrait de mieux protéger la faune tout en profitant des avantages des énergies renouvelables. Cependant, les données actuelles, comme un rapport de 2026 sur la mortalité des oiseaux de proie couvrant la période 2004-2015, ne reflètent pas les impacts des nouvelles éoliennes de grande taille. Les experts soulignent donc l'urgence de combler ces lacunes pour concilier développement énergétique et préservation de la biodiversité.

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