La production de gaz de schiste est-elle moins risquée qu’avant?
Relance du gaz de schiste au Québec : que dit la science sur les vrais risques environnementaux.
En 2026, le Québec, qui avait interdit le gaz de schiste en 2022, voit son interdiction remise en question par des partis politiques. Christine Fréchette, candidate à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ), propose de réévaluer cette position pour des raisons économiques et géopolitiques. Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), promet quant à lui de relancer l’exploitation du gaz de schiste s’il accède au pouvoir. Ce retour du débat intervient malgré l’adhésion du Québec à la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA), une coalition internationale visant à éliminer progressivement les énergies fossiles. Le contexte actuel, marqué par des tensions géopolitiques et une hausse des coûts de l’énergie, pousse certains à reconsidérer cette ressource.
Le débat sur le gaz de schiste au Québec remonte à 2008-2009, lorsque des citoyens des basses-terres du Saint-Laurent ont découvert des puits de forage près de chez eux. Cette situation a déclenché une opposition massive, avec de grandes manifestations dans les années 2010. À l’époque, les connaissances sur les impacts du gaz de schiste étaient limitées, mais la colère populaire a accéléré les recherches scientifiques. En 2011, le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a conclu que l’exploitation était prématurée en raison de lacunes scientifiques et de risques environnementaux. Le Québec a alors imposé un moratoire et lancé une évaluation environnementale stratégique, confirmant les dangers pour l’eau potable, les émissions polluantes et l’absence d’acceptabilité sociale.
Le gaz de schiste est emprisonné dans une roche imperméable située entre 1 500 et 4 000 mètres de profondeur. Pour l’extraire, on utilise la fracturation hydraulique : un puits vertical est creusé, puis horizontal, et un mélange d’eau (90%), de sable (9%) et d’additifs chimiques (1%) est injecté sous haute pression pour fracturer la roche. Le sable maintient les fissures ouvertes, permettant au gaz de remonter. Une partie du fluide revient à la surface avec le gaz, tandis que le reste reste dans le sol. Aujourd’hui, les compagnies optimisent leurs opérations en regroupant jusqu’à 20 puits sur un même site, réduisant ainsi l’empreinte visuelle et augmentant les rendements. Cependant, ces avancées sont principalement économiques et non environnementales.
Malgré les progrès technologiques, les risques environnementaux persistent. Environ 30% du fluide injecté dans le sol remonte à la surface sous forme d’eaux usées, contenant des additifs chimiques et des polluants naturels comme des métaux lourds, des éléments radioactifs ou du benzène. Ces eaux peuvent contaminer les nappes phréatiques si elles ne sont pas correctement traitées. Seuls 2% des fluides sont recyclés en Alberta, tandis qu’en Colombie-Britannique, un puits utilise jusqu’à 23 millions de litres d’eau, soit l’équivalent de neuf piscines olympiques. Les émissions de méthane, un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO₂ sur 20 ans, sont également un problème majeur, notamment lors du torchage (brûlage du gaz excédentaire) ou des fuites de puits abandonnés.
Des études toxicologiques et épidémiologiques menées entre 2019 et 2025 ont révélé des liens entre la proximité des puits de gaz de schiste et des problèmes de santé. Les populations vivant à moins d’un kilomètre d’un puits présentent un risque accru de prématurité (deux fois plus élevé pour les accouchements avant 28 semaines) et de faible poids à la naissance (réduction moyenne de 38 grammes). Les risques de certains cancers chez les enfants et de problèmes respiratoires comme l’asthme (trois à quatre fois plus élevé) sont également documentés. Les chercheurs ont détecté des contaminants comme le benzène, l’arsenic ou le plomb dans l’air, l’eau et même les échantillons biologiques des habitants exposés.
Relancer l’exploitation du gaz de schiste au Québec poserait des défis logistiques majeurs. Il faudrait construire un réseau de *pipelines* pour transporter le gaz vers des centrales ou un port méthanier, comme celui proposé à Baie-Comeau. Ces infrastructures devraient traverser le fleuve Saint-Laurent, rappelant les controverses passées autour du projet *Énergie Est*. Par ailleurs, le marché européen, initialement visé par Éric Duhaime pour exporter le gaz québécois, accélère sa transition vers les énergies renouvelables. La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques pourraient modifier cette dynamique, mais l’Europe mise désormais sur des alternatives durables, rendant incertaine la demande future pour le gaz de schiste québécois.

