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Montréal dotera ses policiers de caméras d’intervention

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 10 j

La mairesse a aussi annoncé un règlement interdisant aux citoyens d’insulter le personnel municipal..

Caméras pour 3500 policiers

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a annoncé que d’ici quelques années, environ 3500 policiers et 600 véhicules de patrouille de la ville seront équipés de caméras d’intervention (ou caméras corporelles). Ces appareils, fixés sur l’uniforme ou le véhicule, enregistrent les interactions entre les policiers et les citoyens lors d’interventions comme des arrestations ou des contrôles. L’objectif principal est de fournir une trace objective des faits en cas de litige, afin de renforcer la transparence et le sentiment de sécurité des citoyens. Le budget alloué pour ce projet s’élève à 40 millions d’euros, mais le déploiement ne débutera pas avant un an, le temps de lancer un appel d’offres et de consulter les parties prenantes.

Fonctionnement et limites

Les caméras ne seront pas activées en permanence, mais uniquement lors des interventions ou interpellation, comme l’a précisé le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher. Il a aussi insisté sur la transparence totale : les policiers ne pourront pas désactiver les caméras à leur guise, contrairement à certaines craintes exprimées par le public. Cependant, Dagher a souligné que ces caméras ne constituent pas une solution miracle. Par exemple, un projet pilote mené entre 2016 et 2017 n’a pas démontré de manière concluante que ces dispositifs améliorent la transparence ou la confiance entre policiers et citoyens. Les véhicules de patrouille seront également équipés de technologies de lecture automatisée des plaques d’immatriculation pour faciliter les contrôles routiers.

Contexte et enjeux sociaux

Cette mesure s’inscrit dans un contexte marqué par des allégations de profilage racial (discrimination basée sur l’origine ethnique) au sein du SPVM, notamment dans le quartier Montréal-Nord. Des groupes communautaires et des citoyens réclamaient depuis longtemps l’adoption de caméras pour limiter ces pratiques. Cependant, la littérature scientifique reste mitigée : si certaines études montrent que les caméras peuvent réduire les tensions, d’autres soulignent que des policiers mal intentionnés pourraient contourner leur utilisation, par exemple en se plaçant dans l’angle mort (zone non couverte par la caméra). Des experts comme Pierreson Vaval, de la Coalition Pozé, estiment qu’une réforme plus profonde de la culture policière est nécessaire pour lutter efficacement contre le racisme systémique.

Autres mesures annoncées

En plus des caméras, la Ville de Montréal prévoit trois autres initiatives. D’abord, un règlement anti-insulte sera adopté en septembre pour protéger les employés municipaux (policiers, bibliothécaires, cols bleus, etc.) contre les insultes, l’agressivité ou la violence, dont les cas ont augmenté de 263 % entre 2019 et 2025. Ensuite, un registre volontaire des caméras privées sera pérennisé pour permettre aux citoyens et commerçants de partager leurs enregistrements en cas d’enquête. Enfin, la Commission de la sécurité publique évaluera, avec des experts indépendants, les effets de la nouvelle Politique sur les interpellations policières du SPVM après un an de mise en œuvre.

Ce que ça pourrait changer

Le déploiement des caméras soulève des questions techniques et financières majeures. Rémi Boivin, professeur en criminologie, souligne que le coût principal ne réside pas dans l’achat des appareils, mais dans le *stockage des données*. Par exemple, une vidéo de 7 heures peut occuper beaucoup d’espace numérique, et il faudra définir des règles strictes : quelles vidéos conserver, pendant combien de temps, et qui y aura accès ? Ces questions restent en suspens et feront l’objet de consultations avec les communautés et les parties prenantes avant le déploiement complet. La Ville de Montréal attend aussi une contribution financière du gouvernement du Québec pour mutualiser les coûts liés au stockage des données.

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