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Généraliste

Lumière sur la science qui aide à élucider les crimes

Le Devoir · mis à jour 3 oct.

Visite d’un site unique au Canada où on étudie les processus de décomposition des corps humains laissés dans la nature..

Science forensique expliquée

La science forensique (ou médecine légale) est une discipline qui étudie les traces laissées sur une scène de crime pour aider les enquêteurs à reconstituer un événement criminel. Elle analyse des indices chimiques, biologiques, physiques et numériques afin d’identifier les auteurs et les victimes. Cette science est mentionnée dès 1751 dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, sous le terme latin medicina forensis. Au Québec, l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est la seule institution à proposer des programmes universitaires complets en science forensique, incluant des formations de baccalauréat, maîtrise et doctorat. Elle mène également des recherches de pointe grâce à des infrastructures uniques comme le site REST[ES], situé à Bécancour.

REST[ES] : laboratoire unique

Le site REST[ES] (Recherche Expérimentale en Sciences Thanatologiques Expérimentales et Sociales) est un laboratoire expérimental canadien dédié à l’étude de la décomposition des corps humains dans un climat continental nordique. Il permet de mieux comprendre les processus post-mortem pour améliorer les enquêtes policières, notamment pour estimer le temps écoulé depuis un décès ou localiser des personnes disparues. Les corps y sont placés sous des cages métalliques pour éviter les perturbations par des charognards comme les vautours. Les chercheurs y observent quotidiennement les changements pendant deux semaines, puis réduisent progressivement la fréquence des examens. Ce site a été créé après une large consultation incluant des représentants autochtones, religieux et la communauté locale, qui a finalement soutenu le projet.

Décomposition : phases clés

La décomposition d’un corps suit plusieurs phases après le décès. Environ 72 heures après la mort, le corps entre dans une phase de décomposition active : les bactéries intestinales se répandent, provoquant des changements de couleur (surtout au niveau du tronc et de la tête) dus à la nécrose des tissus. Les insectes, comme les mouches, pondent leurs œufs dans les orifices naturels, accélérant la dégradation. Des odeurs caractéristiques se dégagent et sont analysées en laboratoire via des échantillons prélevés dans des caissons métalliques. En hiver, la décomposition ralentit fortement, mais au printemps, des moisissures ou une momification naturelle peuvent apparaître. Après deux mois, les changements deviennent minimes, sauf si le corps est recouvert de neige, ce qui peut relancer la décomposition lors du dégel.

Momification et ossements

Lorsque la momification se produit naturellement, le corps se dessèche et ne conserve que la peau sur les os, avec quelques tissus résiduels. Ces corps momifiés ne subissent plus de changements majeurs, car les insectes n’y trouvent plus de nutriments. Cependant, un second hiver peut réhydrater les tissus sous la neige, relançant la décomposition jusqu’à une squelettisation complète au printemps. Les ossements sont ensuite analysés en laboratoire pour estimer la taille de la personne de son vivant. Les mensurations prises avant la décomposition sont comparées à des bases de données de référence (européennes, africaines, asiatiques) via un logiciel spécialisé, permettant de valider la précision des estimations.

Recherches en science forensique

Plusieurs études sont menées au site REST[ES] pour faire avancer les techniques d’enquête. Par exemple, Laurence Davis étudie la dégradation de l’ADN sur des corps en décomposition, en tenant compte de facteurs environnementaux comme l’acidité du sol ou les conditions météo. Sylvia Teresa de la Cruz, médecin légiste mexicaine, travaille sur l’identification de corps mutilés chimiquement, une problématique liée aux fosses communes au Mexique. Alice Thibault analyse quant à elle la dégradation des fibres textiles et du vernis à ongles sur les cadavres, ce qui pourrait aider à dater plus précisément un décès. Enfin, Anabelle Ducharme teste une méthode pour isoler l’ADN d’un agresseur à partir d’empreintes digitales peu visibles sur un corps, en utilisant des révélateurs chimiques.

Ce que ça pourrait changer

Le projet REST[ES] a été élaboré avec l’appui de la population locale et de divers groupes, dont des nations autochtones, des représentants religieux et l’archevêque du diocèse de Nicolet. Ce dernier a joué un rôle clé en expliquant que le projet s’inscrivait dans une démarche scientifique légitime. La communauté a été particulièrement sensible au projet en raison de l’affaire Cédrika Provencher, une fillette disparue en 2007 à Trois-Rivières. Les personnes souhaitant faire don de leur corps à la science doivent explicitement accepter que leur dépouille soit utilisée pour les recherches menées à REST[ES]. Ce cadre éthique et collaboratif a permis de lever les réticences initiales et de garantir la pérennité du site.

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