Le vieillissement de la population au cœur des enjeux dans Gaspé
Le manque de main-d’œuvre et les défis de mobilité entraînent «de sérieux enjeux» dans la circonscription..
La Gaspésie est aujourd’hui la région du Québec où la population est la plus vieillissante, avec un âge moyen de 49,1 ans en 2021, égalant celui des Îles-de-la-Madeleine. À cette date, 40 % des habitants de la circonscription de Gaspé avaient plus de 60 ans, ce qui en fait un territoire confronté à des défis démographiques majeurs. Jean-Claude Plourde, membre de l’organisme Solidarité Gaspésie, souligne que cette situation crée des « sérieux enjeux » pour l’avenir économique et social de la région. Le vieillissement s’accompagne d’un exode des jeunes, notamment des étudiants qui quittent la région après leur cégep (équivalent québécois du lycée français), et d’une difficulté à attirer de nouvelles familles. Cette tendance est encore plus marquée dans les petits villages côtiers, où les opportunités professionnelles et les services sont moins nombreux.
Les entreprises de la région de Gaspé, comme le fabricant d’éoliennes LM Wind Power, ont longtemps compté sur des travailleurs étrangers temporaires (souvent des Philippins) pour pallier le manque de main-d’œuvre locale. Cependant, depuis 2024, le gouvernement fédéral canadien a instauré un plafond pour limiter leur nombre, réduisant cette solution. Charlie-Maude Giroux Bossé, élue municipale de la pointe de Forillon, explique que les secteurs du tourisme, de l’agriculture, des restaurants et des organismes communautaires manquent cruellement de personnel, surtout en été. Stéphanie Noël, bibliothécaire, apprécie l’apport des immigrants dans son travail, soulignant qu’ils enrichissent la diversité culturelle et les perspectives locales. Pourtant, leur installation permanente reste incertaine en raison des contraintes administratives et économiques.
Dans une région aussi étendue que la Gaspésie, où les villages sont éloignés les uns des autres, la possession d’une voiture est souvent indispensable. Anick DesRosiers, copropriétaire d’un café à Saint-Majorique, résume cette réalité en disant : « Tu es obligé d’avoir un véhicule à Gaspé. C’est compliqué en titi, ne pas avoir de voiture ». Le vieillissement de la population aggrave ce problème, car les critères d’obtention ou de renouvellement du permis de conduire pour les aînés se sont resserrés. En 2025, une navette estivale gratuite (exploitée par la Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, ou REGIM) reliait la gare de Gaspé à Rivière-au-Renard, un village côtier. Ce service, apprécié des touristes et des locaux, n’a pas été reconduit en 2026 faute de financement, laissant les habitants sans alternative viable pour se déplacer.
Depuis plusieurs années, des organismes comme Solidarité Gaspésie militent pour le retour d’un train de passagers à Gaspé, un moyen de transport quasi inexistant dans la région. Daniel Samson, du Café de la Traverse, souligne que « n’importe quelle région du monde développée a un réseau de trains qui fonctionne » et que ce projet serait « vital pour les personnes âgées ». Un train permettrait non seulement de faciliter les déplacements quotidiens (comme les courses ou les rendez-vous médicaux), mais aussi d’attirer du personnel et des investisseurs. Nathalie Chicoine, de Solidarité Gaspésie, ajoute que ce mode de transport serait plus attractif pour les travailleurs que les solutions actuelles, comme les autobus aux horaires inadaptés.
Les partis politiques proposent des solutions variées pour répondre aux défis du vieillissement, de la mobilité et de l’immigration en Gaspésie. La *Coalition avenir Québec* (CAQ) promet 30 millions d’euros pour le transport collectif interurbain et régional, tout en maintenant un plafond d’immigration temporaire entre 375 000 et 450 000 personnes par an, avec une *régionalisation de l’immigration* (ciblant des candidats prêts à s’installer hors des grands centres). Le *Parti libéral du Québec* mise sur un financement « pérenne et prévisible » pour le transport collectif et une implication des régions dans la définition de leur capacité d’accueil en immigration. *Québec solidaire* propose un programme (*PEQ-Régions*) pour faciliter l’obtention de la résidence permanente aux immigrants travaillant en région, ainsi qu’un investissement de 23 milliards d’euros sur dix ans pour moderniser les réseaux de trains, d’autobus et de voies réservées. Le *Parti québécois* veut soutenir le développement du transport collectif via l’achat d’autobus et instaurer un *laissez-passer à 95 $ par mois* pour l’ensemble du réseau québécois. Enfin, le *Parti conservateur du Québec* souhaite créer des *tables régionales décisionnelles* pour adapter les politiques d’immigration et de transport aux réalités locales.

