Le métissage était possiblement peu répandu à Montréal aux 17e et 18e siècles
Une découverte suggère que les populations autochtones étaient marginalisées dans le contexte colonial..
Une étude récente menée par une chercheuse de l’Université de Montréal a analysé l’ADN ancien de 45 individus inhumés entre 1683 et 1796 au cimetière Notre-Dame de Montréal. Cette analyse a révélé que ces personnes étaient presque toutes d’origine européenne, plus précisément française, à l’exception d’un seul individu d’origine italienne. Les chercheurs ont comparé ces échantillons à un large panel de référence composé de 900 génomes européens, 751 génomes africains de l’Ouest et 673 génomes autochtones des Amériques. Cette méthode permet d’identifier les origines génétiques des individus étudiés. Le cimetière Notre-Dame a été fouillé sur plusieurs années, une opération rare en archéologie, offrant ainsi un aperçu unique de la population montréalaise de l’époque coloniale française.
Les résultats de l’étude suggèrent que le métissage entre colons européens et populations autochtones ou afro-descendantes était probablement peu répandu à Montréal aux 17e et 18e siècles. En effet, aucun des 45 individus analysés ne présentait d’ascendance autochtone ou africaine, à l’exception d’un seul cas. Cette découverte contraste avec certains récits historiques évoquant une coopération et un métissage entre Français et Autochtones. Les auteurs de l’étude soulignent que ces résultats remettent en question l’idée d’une population fondatrice métissée à Montréal. Ils estiment que les populations autochtones et afro-descendantes étaient marginalisées dans le contexte colonial urbain de l’époque.
La chercheuse Diane Martin-Moya, invitée au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, précise qu’il est impossible de généraliser ces conclusions à l’ensemble de la population montréalaise du 17e et 18e siècle. En effet, l’étude ne porte que sur 45 individus parmi les milliers inhumés au cimetière Notre-Dame durant cette période. Elle souligne que la science ne doit pas être considérée comme un dogme et que les interprétations doivent être constamment réévaluées. Elle rappelle également que des politiques d’assimilation et d’acculturation, ainsi que des mesures favorisant les mariages entre femmes autochtones et colons français, existaient à l’époque.
L’analyse génétique a permis d’identifier plusieurs lignées multigénérationnelles parmi les individus étudiés, suggérant que les sépultures n’étaient pas organisées selon des concessions familiales. Cette diversité reflète probablement l’arrivée de colons provenant de nombreuses régions différentes de France. Les auteurs de l’étude estiment que le chevauchement successif des sépultures et les perturbations causées par l’urbanisation témoignent de la croissance démographique rapide de la colonie. Ils soulignent également que les inégalités coloniales se reflétaient dans l’organisation du cimetière, où les mieux nantis occupaient les meilleures positions.
Les sépultures étudiées ont souvent été perturbées par le développement urbain de Montréal. Les auteurs expliquent que les mieux nantis pouvaient être déplacés vers d’autres lieux lorsque le cimetière posait des problèmes d’hygiène, tandis que les autres restaient sur place. Pendant 300 ans, ces sépultures ont été victimes de l’urbanisation, parfois détruites par la construction d’infrastructures comme des aqueducs ou des murs. Dans certains cas, les corps n’ont même pas pu être retrouvés en entier. Cette étude met ainsi en lumière les conséquences des inégalités sociales et coloniales sur la préservation des traces archéologiques.
Les conclusions de cette étude ont été publiées dans les *Proceedings of the National Academy of Sciences* (PNAS), une revue scientifique prestigieuse. L’article, rédigé en anglais, est accessible via une nouvelle fenêtre en ligne. Cette publication marque une étape importante dans la compréhension de la composition génétique des premiers Canadiens français à Montréal et des dynamiques sociales de l’époque coloniale. Elle s’ajoute à un débat plus large sur la présence et la marginalisation des populations autochtones et afro-descendantes dans les colonies françaises en Amérique du Nord.

