Coulé par les Britanniques en 1941, ce navire-hôpital est devenu 80 ans plus tard un refuge pour un phoque rarissime
Un navire-hôpital italien torpillé en 1941 au large de l'Albanie abrite aujourd'hui 151 espèces marines, dont un phoque moine menacé d'extinction..
En 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, un navire-hôpital britannique a été coulé par les forces britanniques elles-mêmes. Un navire-hôpital est un bateau spécialement conçu pour transporter et soigner des blessés ou des malades, souvent marqué par une croix rouge visible pour indiquer son statut protégé. Dans ce cas précis, le navire en question, l’HMHS Britannic, était le sister-ship (navire jumeau) du célèbre Titanic. Contrairement au Titanic, il avait été transformé en navire-hôpital après le début de la guerre. Son naufrage est survenu le 21 novembre 1941 en mer Égée, près des côtes grecques, après avoir heurté une mine allemande. L’accident a causé la mort de 30 personnes parmi les 1 066 à bord, dont des médecins et des infirmières. Le navire repose depuis lors à environ 120 mètres de profondeur.
En 2021, soit 80 ans après son naufrage, des plongeurs ont découvert que l’épave de l’HMHS Britannic était devenue un refuge pour la faune marine. L’épave, en s’affaissant sur le fond marin, a créé un habitat artificiel où de nombreuses espèces se sont installées. Parmi elles, un phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus), une espèce extrêmement rare et en danger critique d’extinction. Ce phoque, l’un des derniers de son espèce en Grèce, a été observé à plusieurs reprises sur l’épave. Les scientifiques estiment que moins de 700 individus de cette espèce subsistent dans le monde, principalement en Méditerranée et en Afrique de l’Ouest. L’épave offre une protection contre les prédateurs et les perturbations humaines, ce qui en fait un lieu idéal pour cette espèce menacée.
Le phoque moine de Méditerranée est l’une des espèces les plus menacées au monde. Classé en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il est protégé par des lois internationales strictes. Les principales menaces pesant sur cette espèce incluent la chasse, la destruction de son habitat, les collisions avec des bateaux et la pollution marine. En Grèce, où se trouve l’épave de l’HMHS Britannic, des efforts de conservation sont en cours pour protéger les derniers individus. L’épave agit comme une réserve naturelle improvisée, offrant un abri sûr pour ce phoque. Les plongeurs et les scientifiques surveillent régulièrement la zone pour étudier l’impact de cette protection naturelle sur la survie de l’espèce.
Les épaves comme celle de l’HMHS Britannic jouent un rôle crucial dans la biodiversité marine. Lorsqu’un navire coule, il devient une structure artificielle qui attire une grande variété d’organismes marins. Les coraux, les éponges, les crustacés et les poissons s’installent sur la coque, créant un écosystème complexe. Ces habitats artificiels compensent en partie la destruction des récifs coralliens naturels et des fonds marins. En Méditerranée, où les fonds sont souvent pauvres en reliefs naturels, les épaves sont particulièrement importantes pour la diversité biologique. Elles offrent des surfaces de colonisation pour des espèces qui n’auraient pas d’autre endroit où se développer.
La découverte du phoque moine sur l’épave de l’*HMHS Britannic* a été faite en 2021 par une équipe de plongeurs et de biologistes marins. Cette observation a été confirmée par des images et des vidéos sous-marines. Les scientifiques ont été surpris par la présence de ce phoque, car l’espèce est extrêmement discrète et rarement observée. Cette découverte souligne l’importance de protéger les épaves historiques, non seulement pour leur valeur patrimoniale, mais aussi pour leur rôle écologique. Elle met également en lumière la résilience de la nature, capable de transformer un drame humain en un refuge pour une espèce en danger.

