Au Portugal, une clinique de fertilité fait faillite et laisse des rêves d’enfant en suspens
Une start-up médicale aux caisses vides, des dizaines de patients privés de traitement et des embryons à rapatrier. La faillite d’Ovom Care, près de Lisbonne, révèle les dérives possibles d’un modèle économique fondé sur le capital-risque..
Le 8 octobre 2026, la clinique Ovom Care, spécialisée dans la fertilité et située à Cascais près de Lisbonne au Portugal, a été déclarée en faillite. Cette entreprise, créée en 2024, devait 1 012 000 euros à ses créanciers mais ne disposait que de 12 000 euros en caisse. Parmi ses dettes figurent 332 747 euros réclamés par 72 patients ayant payé à l'avance des traitements de procréation médicalement assistée, ainsi que 134 000 euros dus à ses 12 salariés. Le matériel médical utilisé par la clinique était principalement loué, ce qui a aggravé sa situation financière déjà précaire.
Ovom Care fonctionnait selon un modèle de start-up financée par le capital-risque, une méthode courante pour les jeunes entreprises innovantes. Sa maison mère allemande avait levé 4,8 millions d'euros pour développer un logiciel d'intelligence artificielle appliqué à la fertilité. Cependant, lorsque la société allemande a fait faillite en août 2026, sa filiale portugaise, Ovom Care, n'a plus reçu de financements et n'a pas pu survivre. Selon Cristina Hickman, ancienne dirigeante, cette gestion privilégiait les calculs financiers au détriment des patients, qualifiant l'entreprise de vide.
Ovom Care se présentait comme une clinique de pointe en Europe, proposant des traitements de fécondation in vitro (FIV) à partir de 2 950 euros, un prix inférieur à la moyenne portugaise estimée à 4 500 euros. La clinique mettait en avant une technologie présentée comme la plus avancée d'Europe. Pourtant, malgré ces arguments commerciaux, la faillite a laissé de nombreux patients sans solution. Par exemple, Laura Moncaster et Alex Webb, un couple britannique, avaient dépensé environ 9 400 euros pour deux cycles de FIV et devaient revenir en septembre 2026 pour un second transfert, mais la clinique a fermé avant cette date.
La faillite d'Ovom Care a bouleversé les projets de nombreux patients, dont certains avaient investi des sommes importantes. Laura Moncaster et Alex Webb, par exemple, avaient déjà dépensé 35 400 euros dans leur parcours de procréation médicalement assistée et devaient se marier en juillet 2027. Leur dernier embryon, conservé au Portugal, ne peut actuellement pas être rapatrié au Royaume-Uni. D'autres patients, comme un couple ayant versé 11 800 euros le 15 août 2026, soit quelques jours avant la faillite, se retrouvent également dans une situation incertaine. Les embryons, ovocytes et échantillons de sperme des patients ont été transférés dans une autre clinique de Lisbonne, mais leur avenir reste flou.
Cette affaire illustre les dérives possibles d'un modèle économique basé sur le capital-risque, où la recherche de profits rapides peut primer sur la qualité des soins et la stabilité des entreprises. Au Portugal, où le taux de natalité est l'un des plus bas d'Europe, les cliniques de fertilité attirent une clientèle internationale en quête de solutions abordables. La faillite d'Ovom Care met en lumière les risques encourus par les patients lorsque ces structures financières s'effondrent, laissant derrière elles des projets de vie en suspens et des sommes importantes perdues.

