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En Amazonie, la chute d'un arbre révèle des urnes funéraires géantes d'une société précolombienne inconnue

Science & Vie · mis à jour il y a 22 j

Des urnes funéraires géantes découvertes en Amazonie sur une île artificielle dévoilent des pratiques funéraires inédites. Leur composition céramique unique suggère l'existence d'une culture précolombienne méconnue, remettant en cause l'idée d'une occupation temporaire des zones inondables..

Découverte inattendue

En Amazonie brésilienne, dans la région du Médio Solimões, la chute d’un arbre a révélé par hasard sept urnes funéraires en céramique, dont deux de taille exceptionnelle. Ces objets, enfouis à faible profondeur sur une île artificielle appelée Lago do Cochila, appartiennent à une société précolombienne inconnue. Leur découverte contredit l’idée reçue selon laquelle les zones inondables, appelées várzea, étaient impropres à une occupation humaine durable. Ces espaces, submergés une partie de l’année, sont en réalité des milieux dynamiques où les populations anciennes ont su s’adapter en aménageant des îles artificielles pour échapper aux crues. La découverte a été signalée par un pêcheur local, Walfredo Cerqueira, puis étudiée par une équipe de l’Instituto de Desenvolvimento Sustentável Mamirauá (IDSM), un institut brésilien spécialisé dans le développement durable en Amazonie.

Site archéologique unique

Le site de Lago do Cochila, situé en zone de várzea, présente une particularité majeure : il s’agit d’une île artificielle, construite par d’anciennes populations pour résister aux inondations saisonnières. Contrairement aux sites précolombiens habituellement étudiés en Amazonie, celui-ci montre une occupation permanente et structurée, avec des sols rehaussés par l’accumulation de sédiments et de fragments de céramique. L’analyse topographique a révélé que ces aménagements visaient à créer un espace stable dans un environnement instable. Pour mener les fouilles, les archéologues ont dû construire une plateforme surélevée de 3,20 mètres de haut, utilisant des matériaux locaux comme des troncs et des lianes. Cette structure a permis de stabiliser la zone de fouille tout en évitant d’endommager les urnes. Une collaboration étroite avec la communauté locale de São Lázaro do Arumandubinha a été essentielle pour la logistique et la réussite de l’opération.

Méthodes de fouille rigoureuses

Les fouilles ont nécessité des techniques adaptées à un environnement boueux et instable. Les chercheurs ont utilisé un datum, un repère vertical standard en archéologie, pour mesurer avec précision les différentes couches de terrain et documenter la profondeur exacte des urnes. Cette méthode a permis de comprendre les relations entre les niveaux de sol et de reconstituer le contexte archéologique. Le transport des urnes, fragiles et de grande taille, a également posé un défi logistique. Après avoir été enveloppées dans du film plastique et stabilisées avec du plâtre et du papier bulle, elles ont été placées dans des structures en bois renforcées par des cordes. Le trajet fluvial jusqu’au laboratoire de l’IDSM à Tefé a duré plus de 10 heures. Cette opération minutieuse a permis d’acheminer les urnes sans dommage, malgré leur fragilité.

Contenu des urnes intrigant

Les urnes funéraires découvertes contiennent un mélange d’ossements humains et de restes animaux, notamment des poissons et des tortues d’eau douce (quelônios). Leur taille, bien supérieure aux standards amazoniens, et l’absence de couvercle en céramique durable suggèrent des pratiques rituelles complexes. Les chercheurs supposent que des couvercles en matériaux organiques, comme du bois ou des feuilles, auraient pu être utilisés, mais se sont décomposés avec le temps en raison de l’humidité ambiante. Geórgea Layla Holanda, membre de l’équipe, souligne que ces urnes ne reflètent pas seulement des funérailles, mais aussi des gestes liés à la nourriture, à la mémoire et à la spiritualité. Cette association entre alimentation et rites funéraires est rare dans les cultures amazoniennes et n’a encore jamais été documentée dans ce contexte précis.

Culture précolombienne méconnue

Les urnes funéraires découvertes ne s’inscrivent dans aucune tradition céramique connue en Amazonie précolombienne. Leur composition et leur forme unique suggèrent l’existence d’une société aux pratiques distinctes, dotée de savoir-faire techniques et rituels spécifiques. Cette découverte remet en cause l’idée d’une occupation temporaire ou marginale de l’Amazonie par les populations précolombiennes. Elle révèle au contraire une société capable d’adaptation, d’innovation et de structuration spatiale dans un environnement difficile. Les artefacts mis au jour ouvrent un nouveau champ de recherche sur les réseaux culturels et les échanges en Amazonie ancienne, ainsi que sur la complexité des sociétés qui y vivaient.

Ce que ça pourrait changer

Cette découverte soulève une question essentielle pour la préservation du patrimoine amazonien : comment étudier et protéger ces traces du passé dans un contexte de menaces croissantes ? Les forêts, les terres autochtones et les mémoires orales sont aujourd’hui confrontées à des pressions économiques et climatiques sans précédent. Les urnes funéraires de Lago do Cochila rappellent que l’histoire humaine de l’Amazonie reste en grande partie à écrire. Leur étude met en lumière l’importance de collaborer avec les populations locales, gardiennes de ces savoirs, pour interpréter et préserver ce patrimoine. Cette approche horizontale, ancrée dans les savoirs autochtones, pourrait servir de modèle pour les futures recherches archéologiques en Amazonie.

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