Le SPVM s’est procuré quatre caméras semblables à celles de Flock
Ces caméras controversées enregistrent entre autres le numéro de plaque de chaque véhicule qui passe..
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a loué quatre caméras de lecture automatique des plaques d’immatriculation (LAPI) auprès de l’entreprise montréalaise Genetec. Ces appareils, appelés Cloudrunner CR-H2, fonctionnent grâce à des panneaux solaires et enregistrent en continu les plaques d’immatriculation, ainsi que la couleur et le modèle des véhicules qui passent dans leur champ de vision. Le contrat, d’une durée d’un an, a coûté 18 763,92 $ à la firme Infynia.com Inc. pour l’acquisition de ces quatre systèmes. Ces caméras ne sont pas nouvelles, mais leur utilisation par les forces policières suscite des débats, notamment en raison des controverses entourant des technologies similaires aux États-Unis.
Les caméras LAPI, comme celles de l’entreprise américaine Flock, permettent de suivre les déplacements des véhicules en temps réel. Aux États-Unis, un réseau de plus de 100 000 caméras Flock est devenu un symbole de surveillance de masse, suscitant des critiques sur l’atteinte à la vie privée. Plusieurs de ces caméras ont même été vandalisées. Bien que le système Cloudrunner CR-H2 de Genetec ne soit pas identique à celui de Flock — ses données ne sont pas centralisées dans une base accessible à plusieurs corps de police —, il soulève les mêmes questions éthiques. Les experts s’interrogent sur l’usage de ces technologies par les forces policières et sur l’opacité entourant leur déploiement.
En août 2026, Radio-Canada a repéré une caméra Cloudrunner CR-H2 installée sur un lampadaire dans le quartier Rivière-des-Prairies à Montréal. Après avoir interrogé plusieurs acteurs potentiels, dont la Ville de Montréal et le SPVM, la police a finalement confirmé qu’elle était responsable de cette caméra et qu’elle l’utilisait dans le cadre d’une enquête ciblée. Le SPVM a retiré l’appareil peu après la publication du reportage. Cette révélation a mis en lumière un manque de transparence, car la Ville de Montréal avait initialement nié l’acquisition de ces caméras, avant de reconnaître leur existence après la découverte d’un bon de commande et d’une facture.
L’experte en cybersécurité Catherine Dupont-Gagnon souligne que le manque de transparence autour de l’utilisation de ces caméras s’explique probablement par la controverse qu’elles suscitent. Elle critique l’absence d’informations sur l’accès aux données collectées, leur durée de conservation et leur suppression après la fin des enquêtes. Le SPVM affirme que ces caméras sont utilisées de manière temporaire et uniquement pour des dossiers précis, comme des vols de voitures ou des affaires de violence armée. Cependant, les détails sur leur fonctionnement et leur gestion restent flous, ce qui alimente les inquiétudes quant à une possible surveillance excessive.
Contrairement au système *Flock*, où les données sont centralisées dans une base accessible à plusieurs corps de police, le système *Cloudrunner CR-H2* de Genetec limite l’accès aux données aux seuls opérateurs désignés. Cette distinction technique réduit, mais n’élimine pas, les risques liés à la surveillance de masse. Aux États-Unis, des cas ont été rapportés où des policiers ont utilisé des caméras *Flock* pour traquer des proches ou suivre des déplacements liés à des avortements, là où la loi le permet. Ces exemples illustrent les dérives possibles de ces technologies, même lorsqu’elles sont utilisées localement.

