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Environnement

Canicules et incendies : dirigeons notre colère vers les géants des énergies fossiles

Reporterre · mis à jour il y a 20 j

Alors qu'une cinquième canicule débute et que les forêts s'embrasent, les plus grands émetteurs de carbone continuent d'alimenter le brasier du réchauffement climatique, sans en être tenus pour responsables. À chaque phénomène extrême, amplifié et démultiplié par le réchauffement climatique d'origine humaine, les regards accusateurs se tournent, légitimement, vers l'inaction de l'État.

Causes des canicules

Les canicules et les incendies récents en Europe sont directement liés à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), principalement causée par la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel). Ces émissions piègent la chaleur dans l’atmosphère, un phénomène appelé effet de serre, qui élève les températures moyennes mondiales. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la température moyenne de la planète a déjà augmenté de 1,1 °C depuis l’ère préindustrielle (vers 1850). En Europe, l’été 2022 a enregistré des températures 3 à 5 °C supérieures à la normale dans certaines régions, avec des vagues de chaleur prolongées. Ces conditions favorisent les départs de feu, notamment dans les zones forestières ou agricoles, où la végétation desséchée devient un combustible idéal.

Rôle des géants fossiles

Les compagnies pétrolières et gazières (comme TotalEnergies, ExxonMobil, Shell ou Chevron) sont les principaux responsables des émissions de GES. Ces entreprises extraient, transforment et vendent des énergies fossiles, malgré les alertes scientifiques sur leur impact climatique. Entre 1965 et 2018, 20 entreprises ont été identifiées comme responsables de plus d’un tiers des émissions mondiales de CO₂ liées à l’énergie. Par exemple, TotalEnergies a émis 45 millions de tonnes de CO₂ en 2021, soit l’équivalent des émissions annuelles de la Belgique. Ces géants investissent massivement dans l’exploration de nouveaux gisements, malgré les engagements internationaux (comme l’Accord de Paris de 2015) visant à limiter le réchauffement à 1,5 °C. Leur modèle économique repose sur la vente de produits dont l’usage détruit l’environnement.

Conséquences des incendies

Les incendies de forêt en Europe, notamment en France, en Espagne, en Grèce et au Portugal, ont des conséquences multiples. En 2022, plus de 785 000 hectares ont brûlé dans l’Union européenne, un record depuis 2006. Ces feux détruisent des écosystèmes, libèrent d’énormes quantités de CO₂ (un hectare de forêt brûlé émet en moyenne 200 tonnes de CO₂), et aggravent la désertification. Ils menacent aussi les populations : en 2023, plus de 200 personnes sont mortes dans des incendies en Europe, principalement en Grèce et en Espagne. Les coûts économiques sont également lourds : les feux de 2022 ont causé plus de 2 milliards d’euros de dégâts en Grèce seule. Ces catastrophes s’ajoutent aux canicules, qui tuent des milliers de personnes chaque année, comme les 60 000 morts supplémentaires enregistrées en Europe pendant l’été 2022.

Responsabilité politique

Les gouvernements et les institutions internationales sont aussi pointés du doigt pour leur inaction face à la crise climatique. Malgré les engagements pris dans l’Accord de Paris (2015), les subventions aux énergies fossiles restent élevées : en 2022, les pays du G20 ont versé 1 300 milliards de dollars de subventions aux industries pétrolière, gazière et charbonnière, soit plus du double du montant alloué aux énergies renouvelables. En France, l’État a accordé 11 milliards d’euros de soutien aux énergies fossiles entre 2016 et 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces aides maintiennent artificiellement bas le prix des énergies fossiles, encourageant leur consommation. Par ailleurs, les lobbies des géants fossiles influencent les décisions politiques, comme le montre le cas de TotalEnergies, dont les dirigeants ont été reçus à plusieurs reprises par l’Élysée.

Solutions et alternatives

Pour limiter les canicules et les incendies, plusieurs pistes sont envisagées. La première consiste à sortir des énergies fossiles en développant massivement les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) et en améliorant l’efficacité énergétique des bâtiments et des transports. L’Union européenne a fixé un objectif de 55 % de réduction des émissions de GES d’ici 2030 (par rapport à 1990), mais cet objectif reste insuffisant selon les scientifiques. Une autre solution est la restauration des écosystèmes, comme le reboisement ou la protection des zones humides, qui absorbent le CO₂ et limitent la propagation des feux. Enfin, des mesures de prévention (coupures de courant en cas de canicule extrême, plans d’urgence pour les incendies) sont mises en place, mais leur efficacité dépend de leur financement et de leur application rapide.

Ce que ça pourrait changer

L’article appelle à une **mobilisation citoyenne et politique** contre les géants des énergies fossiles. Il souligne que les individus peuvent agir en réduisant leur consommation d’énergie, en soutenant les associations écologistes ou en participant à des manifestations. Cependant, l’auteur insiste sur la nécessité d’une **action systémique**, car les émissions de CO₂ proviennent majoritairement des industries et non des particuliers. Des initiatives comme les **plaintes contre les entreprises fossiles** (par exemple, la plainte déposée en 2023 contre **TotalEnergies** par des ONG) ou les **boycotts** des marques pétrolières sont citées comme des moyens de pression. L’objectif est de faire pression sur les gouvernements et les actionnaires pour qu’ils accélèrent la transition énergétique et sanctionnent les entreprises les plus polluantes.

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