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« Embarrassant pour l’Europe » : un député qui enquêtait sur le logiciel espion Pegasus piraté par… Pegasus

Presse-Citron · mis à jour 3 juil.

Un membre de la commission chargée d’enquêter sur les dérives du logiciel espion Pegasus a vu son propre iPhone siphonné de l'intérieur, révélant une faille de sécurité aussi ironique qu'inquiétante au sommet de l’Union européenne (UE)..

Un député espionné

Stelios Kouloglou, ancien député européen grec et membre de la commission PEGA, a été piraté à plusieurs reprises sur son iPhone personnel. Cette commission, créée par le Parlement européen, avait pour mission d’enquêter sur les abus liés au logiciel espion Pegasus. L’ironie de la situation réside dans le fait que Kouloglou était justement chargé d’examiner les dérives de ces outils de surveillance au sein de l’Union européenne. Les attaques ont été détectées par des experts en cybersécurité du Citizen Lab de l’Université de Toronto, qui ont confirmé l’utilisation de Pegasus, un logiciel développé par l’entreprise israélienne NSO Group.

Méthode d’intrusion

Les pirates ont exploité une faille dite « zero-click » dans le système d’exploitation iOS d’Apple, sans que la victime n’ait besoin d’interagir avec un lien ou un fichier suspect. Cette vulnérabilité permettait d’infecter l’appareil à distance, en ciblant notamment le système de maison connectée de l’iPhone. Une fois installé, Pegasus a pu accéder à l’ensemble des données de l’appareil, y compris les messages, les photos, les contacts et les enregistrements, sans que Kouloglou ne s’en aperçoive. Cette méthode est particulièrement redoutable car elle ne laisse aucune trace visible pour l’utilisateur.

Contexte politique tendu

Les attaques contre Kouloglou sont survenues à des moments clés de son enquête. Le premier piratage a eu lieu en octobre 2022, alors que la commission PEGA rédigeait son premier rapport sur la surveillance en Europe. Deux autres intrusions ont été détectées en mars 2023, lors de ses déplacements entre Athènes et Bruxelles pour finaliser le rapport. Ces attaques suggèrent une volonté d’espionner les travaux de la commission et de connaître ses conclusions avant leur publication. La Grèce, pays d’origine de Kouloglou, est elle-même touchée par un scandale national d’espionnage surnommé le « Watergate grec ».

Réactions et enjeux

Kouloglou a dénoncé le vol de ses données professionnelles ainsi que de ses souvenirs personnels, et a annoncé son intention de porter plainte contre NSO Group. Une eurodéputée belge, Saskia Bricmont, a qualifié cette intrusion d’« attaque directe contre l’État de droit ». L’affaire met en lumière l’inaction de l’Union européenne face à ces outils de surveillance. Bien que la commission PEGA ait rendu ses conclusions et formulé des recommandations, aucune mesure concrète n’a été prise pour protéger les institutions européennes. Les États-Unis, en revanche, ont déjà sanctionné NSO Group en le plaçant sur une liste noire.

Logiciel espion controversé

Pegasus est un logiciel espion développé par NSO Group, une entreprise israélienne. À l’origine, il était conçu pour aider les agences gouvernementales à lutter contre le terrorisme et la criminalité. Cependant, des enquêtes ont révélé qu’il était utilisé pour surveiller des opposants politiques, des militants des droits de l’Homme et des journalistes. Ce scandale a ébranlé la crédibilité de NSO Group, qui a dû se restructurer pour tenter de regagner la confiance de ses clients. L’affaire Kouloglou illustre les dangers de ces outils lorsqu’ils tombent entre de mauvaises mains.

Ce que ça pourrait changer

L’Union européenne est particulièrement exposée aux cyberattaques en raison de l’absence de lois strictes et d’un laboratoire commun de défense technologique. Contrairement aux États-Unis, qui ont déjà agi contre NSO Group, l’UE n’a pas pris de mesures concrètes pour protéger ses institutions. John Scott-Railton, chercheur au *Citizen Lab*, qualifie cette situation d’*« embarrassante »* pour l’Europe. Les institutions européennes restent ainsi des cibles faciles pour les logiciels espions, malgré les recommandations de la commission PEGA.

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