Au Royaume-Uni aussi, les protestations contre les centres de données se multiplient
Comme aux États-Unis, en France et ailleurs, le Royaume-Uni est traversé de débats sur le bien-fondé de la multiplication des centres de données. Ceux-ci portent autant sur leurs impacts environnementaux que sur l’acceptation locale.
Deux projets de centres de données prévus au Royaume-Uni pourraient émettre plus de 4,5 millions de tonnes de CO₂, selon l'ONG britannique Foxglove. Ce chiffre dépasse les émissions annuelles de la société pétrolière ExxonMobil en 2023, qui s'élevaient à 3,9 millions de tonnes. Ces centres, situés dans les comtés de Buckingham et de Bedford, consommeraient à eux deux 1,3 gigawatt d'électricité. Foxglove souligne que cette consommation énergétique équivaut à une part significative des émissions nationales, ce qui soulève des questions sur leur impact environnemental. Le gouvernement britannique conteste ces estimations, arguant qu'elles supposent une utilisation à 100 % de la capacité dès le lancement, alors que celle-ci varie selon les besoins. Cependant, l'ONG défend sa méthode, la qualifiant de standard dans l'industrie.
L'implantation de ces centres de données suscite un débat sur l'allocation des ressources énergétiques. Chaque mégawatt d'électricité utilisé par un centre de données est un mégawatt qui ne peut pas être dédié à d'autres usages, comme la transition énergétique. Sam Hunter-Jones, avocat, explique que cela freine les efforts pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. Le gouvernement britannique affirme que ces projets s'inscrivent dans ses objectifs climatiques, mais un membre du comité d'audit environnemental du Parlement reconnaît que ces données rappellent l'urgence d'encadrer leur implantation. Ces centres bénéficient d'un statut d'autorisation accélérée, appelé national significant infrastructure project (NSIP), similaire au système français des Projets d'infrastructure national majeur. Ce statut permet de contourner certaines réglementations locales.
En Écosse, un projet de centre de données à Auchertool, près d'Édimbourg, suscite une opposition massive des riverains. Ce centre, présenté comme le deuxième plus grand au monde, nécessiterait 600 mégawatts d'électricité et s'étendrait sur 100 terrains de football. David Torrance, membre du parlement écossais, décrit un niveau d'opposition « énorme », inégalé dans sa carrière politique de 25 ans. D'autres projets, comme ceux d'Airdrie et de Larbert, rencontrent également des résistances. Le ministre des Finances écossais a récemment imposé aux administrations de notifier son gouvernement pour tout projet de plus de 50 mégawatts. Le gouvernement écossais envisage même un moratoire sur ces infrastructures, ce qui pourrait remettre en cause la politique industrielle britannique en matière d'IA.
En février 2026, le Royaume-Uni comptait 140 projets de centres de données, avec une capacité totale potentielle de 50 gigawatts d'électricité. Ces infrastructures sont encouragées par des acteurs nationaux, comme le directeur exécutif de l'Opérateur national du système énergétique, qui prônent leur installation, notamment dans le nord du pays, en raison de la disponibilité en énergie et en eau, essentielle pour le refroidissement des serveurs. Cependant, ces projets sont de plus en plus contestés, tant pour leur impact environnemental que pour leur localisation, jugée inappropriée par les habitants. Le débat oppose donc les ambitions industrielles du pays à la préservation des ressources et des territoires locaux.

