NapseflowNapseflow
Généraliste

Sous le feu des critiques, Québec relance un programme pour les personnes handicapées

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 10 j

Selon les statistiques provinciales, 21 % de la population québécoise vit avec une incapacité..

Programme suspendu

Le Programme d’adaptation de domicile (PAD) au Québec a été suspendu temporairement en novembre 2024, puis définitivement en avril 2025. Ce programme permettait aux personnes en situation de handicap ou âgées de financer des rénovations pour adapter leur logement à leurs besoins spécifiques. Par exemple, une personne tétraplégique comme Jessica Picard devait pouvoir entrer, sortir, cuisiner, se laver et effectuer ses soins de manière autonome. Sans ce soutien, elle a dû débourser 102 000 $ pour adapter sa nouvelle maison. Le PAD couvrait auparavant jusqu’à 16 000 $ par dossier, mais cette somme a été augmentée à 50 000 $ en 2023, ce qui a entraîné une hausse massive des demandes. Le budget alloué n’étant pas suffisant, les fonds ont été épuisés, forçant le gouvernement à suspendre le programme.

Impact sur les personnes

La suspension du PAD a eu des conséquences graves pour les personnes en situation de handicap. Selon les données provinciales, 21 % de la population québécoise de 15 ans ou plus vit avec une incapacité. Jonathan Marchand, militant pour les droits des personnes handicapées, raconte des cas extrêmes où des individus étaient « prisonniers » de leur domicile, incapables d’en sortir ou d’y entrer de manière autonome. Jessica Picard, mère de deux enfants dont un nouveau-né, a dû vendre son logement adapté pour déménager, puis payer elle-même les coûts d’adaptation de sa nouvelle résidence. Sans logement adapté, ces personnes perdent leur autonomie, ce qui affecte leur sécurité, leur dignité et leur qualité de vie.

Relance et critiques

Face à la pression des associations et des citoyens, le gouvernement québécois a annoncé en juillet 2025 la réactivation du PAD à partir du 12 août 2026. Un financement de 88 millions d’euros a été alloué pour les années 2025 et 2026. Cependant, Walter Zelaya, directeur général de Moelle épinière et motricité Québec, critique cette décision, estimant que les deux tiers de cette somme étaient déjà réservés aux demandes en attente. Il qualifie le montant de « poudre aux yeux » et souligne que le programme reste insuffisant pour répondre à la demande. La Société d’habitation du Québec (SHQ) affirme que le nouveau budget permettra de traiter environ 15 000 dossiers par an, soit une augmentation de 25 % par rapport aux volumes habituels.

Défis persistants

Malgré la réouverture du PAD, les acteurs du secteur restent sceptiques. Maude Massicotte, directrice de DéfPhys Sans Limite, souligne que l’adaptation d’un domicile n’est pas un luxe, mais une nécessité pour vivre de manière autonome et digne. Elle juge les fonds annoncés insuffisants pour répondre aux besoins réels. André Leduc, de l’Association d’information en logement des immeubles adaptés, compare l’absence de soutien financier à une forme de discrimination, reléguant les personnes handicapées au rang de « citoyens de seconde zone ». Jonathan Marchand ajoute que le manque de soutien pousse certaines personnes à vivre en institution, comme des CHSLD, ce qui coûte très cher à l’État. Le gouvernement reconnaît les défis persistants, mais aucun ajustement à long terme du financement n’a encore été annoncé.

Ce que ça pourrait changer

Cette situation s’inscrit dans un débat plus large sur l’inclusion des personnes en situation de handicap au Québec. Le gouvernement Fréchette, en place depuis 2024, a dû réagir sous la pression des associations et des médias. L’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ), rattaché au ministère de la Santé, admet que les personnes handicapées font face à des défis supplémentaires pour accéder à un logement adapté. Daniel Jean, directeur général de l’OPHQ, se dit réjoui de la réouverture du PAD, mais insiste sur la nécessité d’un financement stable à long terme pour éviter de futures interruptions. Aucun des ministères concernés n’a répondu aux demandes de précisions de Radio-Canada.

Sujets complémentaires