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Culture

"Scum Manifesto" de Valerie Solanas : pourquoi tant de haine ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 h

Appel à “tout foutre en l’air” et à exterminer les hommes, tentative de meurtre d’Andy Warhol, opprobre et dérision, peu d’écrits et peu d’autrices ont comme le "Scum Manifesto" de Valerie Solanas tant baigné dans la haine. Mais pourquoi ?.

Un manifeste provocateur

Le Scum Manifesto est un texte radical écrit par Valerie Solanas en 1967, souvent résumé par son appel à « tout foutre en l’air ». Le terme SCUM est un acronyme pour Society for Cutting Up Men (Société pour liquider les hommes), bien que Solanas ait aussi expliqué que scum signifie simplement « merde » en anglais, pour désigner une société qu’elle juge pourrie. Ce manifeste anarcho-féministe dénonce le système capitaliste et la domination masculine, qualifiant les hommes d’êtres incomplets et dépendants des femmes. Il a été publié à une époque où les mouvements féministes prenaient de l’ampleur, mais son ton violent et ses propos misandres (hostiles aux hommes) ont suscité une forte controverse. Le texte reste aujourd’hui un objet de débat, à la fois admiré pour sa radicalité et critiqué pour son extrémisme.

Contexte et réception

Le Scum Manifesto a été éclipsé par l’acte violent de son autrice : en 1968, Valerie Solanas a tenté d’assassiner l’artiste Andy Warhol, ce qui a conduit à son internement psychiatrique et à une image de « folle dangereuse ». Cette association entre l’autrice et son acte a longtemps empêché une lecture sereine de son texte, reléguant le manifeste au rang de curiosité marginale. Pendant des décennies, il a été perçu comme l’œuvre d’une personne instable plutôt que comme un texte politique. Pourtant, des rééditions récentes, dont une nouvelle traduction française en 2026, invitent à le réévaluer en dehors du prisme du fait divers.

Misandrie et double standard

Le manifeste est souvent qualifié de misandre, c’est-à-dire qu’il exprime une haine envers les hommes. Solanas y affirme que les hommes sont des êtres incomplets et dépendants des femmes, une idée qui a choqué une société habituée à des discours inverses, comme ceux qui dévalorisent les femmes. Anne-Sophie Mercier, journaliste au Monde et autrice de L’Affaire Solanas, souligne que l’histoire de la littérature regorge de textes misogynes (comme ceux d’Aristote ou Schopenhauer), mais que la société tolère mal qu’une femme retourne ces arguments contre les hommes. Ce double standard (deux poids, deux mesures) explique en partie le rejet immédiat du manifeste.

Actualité et rééditions

En 2026, deux ouvrages relancent l’intérêt pour le Scum Manifesto : une nouvelle traduction française par Sophie Couronne et Valérie Vivancos, accompagnée d’une préface de Chloé Delaume, et L’Affaire Solanas d’Anne-Sophie Mercier. Ces publications coïncident avec une période où le féminisme, notamment après le mouvement #MeToo, interroge à nouveau les inégalités systémiques. Chloé Delaume estime que le contexte actuel permet enfin une lecture plus sereine du texte, tandis qu’Anne-Sophie Mercier suggère que de nombreuses jeunes féministes partagent sans le savoir les idées de Solanas, en remettant en cause un système qu’elles jugent toujours dominé par les hommes.

Ce que ça pourrait changer

Soixante ans après sa publication, le *Scum Manifesto* reste un texte clivant. Pour ses défenseurs, il incarne une radicalité nécessaire pour briser les tabous et dénoncer les oppressions systémiques. Pour ses détracteurs, il illustre les dangers d’un discours de haine qui reproduit les schémas qu’il combat. Les rééditions récentes montrent que le débat est loin d’être clos, notamment sur la question de savoir si Solanas doit être réduite à son acte violent ou si son texte mérite d’être étudié pour sa critique sociale. Le manifeste continue ainsi de diviser, tout en restant un symbole des luttes féministes radicales.

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