Changements climatiques : 96 % des récifs coralliens menacés d’extinction d’ici 50 ans
Les coraux sont sensibles à la chaleur et particulièrement vulnérables aux changements climatiques..
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une autorité mondiale en matière de protection de la faune et de la flore, a publié une évaluation inédite sur l'état des récifs coralliens. Selon cette étude, 96 % des récifs coralliens en eaux peu profondes, répartis dans plus de 80 pays et territoires, sont classés en danger critique d'extinction, soit le niveau de menace le plus élevé défini par l'organisation. Cette classification signifie qu'ils risquent de disparaître d'ici 2075 si aucune action n'est entreprise. Le terme danger critique d'extinction indique que ces écosystèmes sont au bord de l'effondrement et que leur survie est extrêmement compromise. Les récifs coralliens, qui abritent un quart des espèces marines, jouent un rôle écologique majeur en fournissant abri et nourriture à une biodiversité exceptionnelle.
Le principal responsable de cette menace est le réchauffement des océans, directement lié aux changements climatiques. Les coraux sont particulièrement sensibles à l'augmentation des températures, car ils vivent en symbiose avec des algues microscopiques qui leur fournissent jusqu'à 90 % de leur énergie. Lorsque la température de l'eau dépasse un certain seuil, ces algues sont expulsées, ce qui prive les coraux de leur source de nourriture et les fait blanchir. Le blanchissement est un phénomène où les coraux perdent leurs couleurs vives et deviennent blancs, signe de leur affaiblissement. Les changements climatiques intensifient ce phénomène, le rendant plus fréquent et plus destructeur. Par exemple, la Grande Barrière de corail en Australie subit actuellement le blanchissement le plus étendu jamais enregistré.
Un autre facteur aggravant est l'apparition en 2023 d'un super El Niño, un phénomène naturel caractérisé par un réchauffement exceptionnel des eaux du Pacifique. El Niño perturbe les courants marins et les températures océaniques, ce qui exacerbe le stress thermique subi par les coraux. Ce phénomène, bien que naturel, est amplifié par les changements climatiques, rendant les épisodes de blanchissement encore plus dévastateurs. Mishal Gudka, responsable scientifique de l'évaluation de l'UICN, souligne que ces menaces doivent servir d'alerte pour inciter les gouvernements à agir plutôt que de provoquer un sentiment d'impuissance.
Parmi les récifs coralliens les plus exposés figurent des écosystèmes emblématiques comme la Grande Barrière de corail en Australie, le Triangle de corail dans le Pacifique occidental et en Asie du Sud-Est, ainsi que la barrière de corail mésoaméricaine dans les Caraïbes. Ces zones, riches en biodiversité, abritent des milliers d'espèces marines et jouent un rôle clé dans la pêche et le tourisme local. Leur disparition aurait des conséquences dramatiques pour les communautés qui en dépendent. L'UICN a évalué 127 écosystèmes coralliens couvrant une superficie totale de 188 362 kilomètres carrés, soit une surface comparable à celle de la Syrie ou de la Thaïlande.
L'évaluation de l'UICN s'appuie sur le scénario intermédiaire du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), qui prévoit une hausse des températures mondiales de 2,7 °C d'ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels. Selon les Nations unies, les engagements actuels des pays en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre mènent vers un réchauffement de 2,6 °C d'ici la fin du siècle. Même si d'autres facteurs comme la pollution, la surpêche ou le surtourisme contribuent à dégrader les récifs, le stress thermique reste la menace principale à l'échelle mondiale. Grethel Aguilar, directrice générale de l'UICN, insiste sur l'urgence d'agir pour limiter ce réchauffement.
Malgré l'ampleur de la menace, les scientifiques estiment qu'il n'est pas trop tard pour sauver les récifs coralliens. Une fenêtre critique de 50 ans s'ouvre pour mettre en place des actions de conservation efficaces. Ces actions incluent des réductions ambitieuses des émissions de gaz à effet de serre, des efforts accrus de protection et de restauration des récifs, ainsi que des investissements dans des écosystèmes côtiers résilients. L'UICN souligne que ces mesures doivent s'accompagner d'un soutien aux communautés locales qui dépendent de ces écosystèmes pour leur subsistance. La COP17, une conférence internationale sur la biodiversité, est l'occasion pour les nations de renforcer leurs engagements en faveur de la protection des océans.
Lors de la COP17, qui se tient à Erevan en Arménie, les pays discutent pour faire avancer un accord historique sur la nature adopté en 2022. Cet accord vise à protéger 30 % des terres et des mers mondiales d'ici 2030. Cependant, les objectifs deviennent de plus en plus difficiles à atteindre, car les gouvernements tardent à mettre en œuvre leurs engagements. Une étude publiée dans la revue *Nature* en 2020 révèle qu'en 2020, près de la moitié des espèces de coraux présentaient un risque élevé d'extinction, principalement en raison des changements climatiques. Ces données renforcent l'urgence d'agir pour préserver ces écosystèmes vitaux.

