À la recherche du Québec : À 300 kilomètres du lac Ontario
Une route peu fréquentée relie au Québec la région de l'Upper Pontiac, où les vieilles rivalités sont tenaces..
La région du Pontiac, située à environ 300 kilomètres du lac Ontario, fait face à un déclin économique et démographique marqué. Autrefois prospère grâce à l’industrie forestière, avec des hôtels, des emplois et une vie locale animée, elle est aujourd’hui marquée par la fermeture des établissements, le manque d’opportunités et l’exode des jeunes. Par exemple, la région compte désormais très peu d’hôtels, et l’hôpital local n’a plus de département d’obstétrique. Les habitants décrivent leur situation avec des termes comme « on vit dans le trou du cul du Québec », soulignant un sentiment d’abandon par les autorités provinciales. Les infrastructures, comme les stations-service ou les motels, sont souvent vétustes, et certains bâtiments ont été reconvertis en logements temporaires pour sans-abri.
Le Pontiac est une région où les tensions entre anglophones et francophones persistent depuis des décennies. Environ 57 % des résidents sont anglophones, et 42 % d’entre eux ne parlent pas français. Cette division remonte à l’histoire industrielle de la région, où les boss des moulins étaient souvent anglophones, tandis que les ouvriers francophones travaillaient dans les scieries. Les habitants utilisent des surnoms comme « frogs » pour désigner les francophones et « Yellows » pour les anglophones, en référence à l’histoire orangiste locale. Les réunions officielles se tiennent parfois en anglais, et des infractions à la loi 101 (qui impose l’usage du français dans l’affichage et les services publics) sont régulièrement signalées. Malgré ces tensions, la région vote majoritairement pour le Parti libéral du Québec, perçu comme le seul capable de représenter ses intérêts.
L’économie du Pontiac reposait autrefois sur l’industrie forestière, avec des usines comme Smurfit-Stone à Portage-du-Fort, la scierie Davidson à Litchfield ou Commonwealth Plywood à Rapides-des-Joachims. Cependant, ces entreprises ont fermé les unes après les autres, la dernière en décembre 2024. Cette disparition a entraîné une hausse du chômage et de la pauvreté. Par exemple, le motel décati près de la station-service de Mansfield a été transformé en hébergement temporaire pour des personnes sans-abri. Les habitants comme Joël Boisvert ont travaillé pendant des années dans les mines du nord du Québec ou en Alberta, mais ces emplois précaires et éloignés ne suffisent plus à soutenir la région. Les conditions de vie se dégradent, avec des coupures d’électricité fréquentes lors des tempêtes.
Les habitants du Pontiac, en particulier les anglophones, expriment un sentiment d’être ignorés par le Québec. Mavis Kluke, 72 ans, déclare « We feel we are being rejected. In Quebec, the English are not heard » (« Nous nous sentons rejetés. Au Québec, les anglophones ne sont pas entendus »). Ce sentiment remonte à des événements comme les contrôles des infractions à la loi 101 dans les années 1990, où des francophones sillonnaient les routes pour repérer les commerces ne respectant pas la loi. Aujourd’hui, des problèmes comme l’accès à l’eau potable persistent sans solution. Par exemple, Natasha Saint-Aubin, 36 ans, montre une vidéo de l’eau brune qui coule de sa robinetterie à Otter Lake, un problème récurrent et non résolu malgré ses multiples plaintes auprès des autorités.
Politiquement, le Pontiac est un bastion libéral depuis des décennies. Rhobie Dionne explique que *« tu mettrais un chandail rouge à un singe qu’il gagnerait les élections »*, en référence à la couleur du Parti libéral. Pourtant, certains habitants comme Joël Boisvert souhaiteraient voir émerger d’autres options, comme le Parti conservateur, mais aucun candidat ne s’est encore présenté dans la région. En 1995, le Pontiac a été la région du Québec où le *non* à la souveraineté a été le plus fort, avec 99 % des voix à Chichester. Cette position illustre une loyauté envers le Canada et une méfiance envers les projets indépendantistes québécois. Les habitants, comme Dinah Schwartz, 97 ans, se souviennent d’une époque où la région était prospère, mais aujourd’hui, ils constatent un déclin irréversible.

