Lula ou Flávio Bolsonaro? Le Brésil se rend aux urnes, sous l’œil de Trump.
Les deux favoris veulent croire à une victoire dès dimanche, mais les sondages les montrent encore assez loin des 50 %..
Les Brésiliens votent ce dimanche pour élire leur président entre deux candidats aux visions opposées : Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, président sortant de gauche, et Flávio Bolsonaro, sénateur conservateur de 45 ans, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Ce scrutin, qui pourrait basculer en faveur de la droite, est suivi de près par Donald Trump, président américain, qui a déjà influencé la région en soutenant des candidats conservateurs. Le vote concerne environ 160 millions d’électeurs, répartis dans des zones variées comme l’Amazonie, les terres agricoles du Sud ou les favelas des grandes villes. Les deux favoris, Lula et Flávio Bolsonaro, sont crédités de 45 % et 42 % d’intentions de vote selon un sondage Datafolha publié la veille, une marge d’erreur près. Un second tour est prévu le 25 octobre si aucun candidat n’obtient la majorité absolue dès le premier tour. Les résultats seront connus quelques heures après la fermeture des bureaux de vote à 17 h (heure de Brasília), soit 16 h au Québec.
Lula, 81 ans, brigue un quatrième mandat non consécutif après avoir déjà dirigé le Brésil de 2003 à 2010. Il met en avant ses programmes sociaux passés, qui ont sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté, ainsi qu’un chômage historiquement bas. Cependant, les électeurs critiquent la hausse du coût de la vie et la criminalité persistante. Son rival, Flávio Bolsonaro, promet une politique de rigueur économique pour réduire la dette publique et une approche musclée contre la criminalité. Il se présente comme un défenseur de la souveraineté brésilienne face aux pressions américaines, une position renforcée par les tensions entre Donald Trump et son père, Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite électorale de 2022. Flávio Bolsonaro a été propulsé sur le devant de la scène par son père, alors que ce dernier était déjà en prison. Les deux candidats s’accusent mutuellement de corruption : Lula a purgé 18 mois de prison entre 2018 et 2019 pour des faits de corruption, avant que sa condamnation ne soit annulée pour vice de procédure, tandis que Flávio Bolsonaro est visé par une enquête pour corruption et blanchiment d’argent dans le cadre du financement d’un film à la gloire de son père.
Le Brésil traverse une période de forte polarisation politique, où les électeurs expriment souvent un sentiment de désillusion. Certains, comme Janaina Oliveira, administratrice de 45 ans à Rio de Janeiro, votent « pour le moins pire », critiquant l’absence de changements réels malgré les promesses électorales. D’autres, comme Maria de Nazaré Azevedo, fonctionnaire de 57 ans, craignent une perte d’indépendance du pays face aux États-Unis et soutiennent Lula pour cette raison. À l’inverse, Babiliana Figueira, pompière de 40 ans, espère un durcissement de la politique sécuritaire et choisit Flávio Bolsonaro, estimant que la criminalité et les agressions au travail sont insupportables. Les deux camps se livrent une bataille où les attaques personnelles et les scandales occupent une place importante, reléguant parfois les programmes politiques au second plan. Les électeurs, comme ceux interrogés à la sortie des urnes, reflètent cette division, avec des motivations variées allant de la sécurité à la souveraineté nationale.
Donald Trump joue un rôle indirect mais significatif dans cette élection. Bien qu’il n’ait pas officiellement soutenu Flávio Bolsonaro, ses actions ont influencé la campagne. En 2025, il a imposé des droits de douane et des sanctions contre le Brésil après la condamnation de Jair Bolsonaro, ce qui a été perçu comme une ingérence. Lors de rassemblements de la droite brésilienne, des drapeaux américains ont été brandis, montrant l’impact de la politique américaine sur le débat local. Lula a critiqué cette ingérence, appelant Trump à ne pas « se mêler » des élections brésiliennes. Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large où la droite latino-américaine, encouragée par des figures comme Trump, a remporté plusieurs victoires récentes. Un basculement du Brésil, première puissance économique de la région, vers la droite serait donc un événement retentissant, avec des répercussions potentielles sur l’équilibre géopolitique de l’Amérique latine.

