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Géopolitique

Sommes-nous tous devenus stupides ?

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Avez-vous la sensation que le monde alentour est devenu celui de l’imbécillité ? Si c’est le cas, vous n’êtes peut-être pas si éloigné de la réalité. Dans un article fouillé, le “New York Magazine” décrypte les causes de cet abrutissement généralisé qui se caractérise par une multitude de facteurs, parmi lesquels une baisse mondiale du QI et une surcharge inouïe de nos capacités cognitives..

Peur ancienne de la stupidité

Dès le XXe siècle, chaque innovation technologique ou culturelle majeure était accompagnée de craintes quant à son impact sur l'intelligence humaine. Des objets du quotidien comme l'ampoule électrique, la radio, les bandes dessinées, le cinéma ou encore Internet ont été accusés de rendre les gens plus bêtes. Cette méfiance persistante s'explique par l'idée que le cerveau humain, considéré comme fragile, ne pourrait pas suivre le rythme effréné des changements sociétaux. Ces craintes, souvent exagérées, reflètent une angoisse plus large face à l'inconnu et à la perte de repères dans un monde en mutation rapide.

Effet Flynn en déclin

Pendant des décennies, les scores de QI (Quotient Intellectuel) ont progressé de manière constante dans les pays développés, un phénomène connu sous le nom d'effet Flynn. Entre les années 1930 et les années 2000, les individus affichaient en moyenne 3 points de QI en plus par décennie. Cependant, depuis les années 2000, cette tendance s'inverse dans plusieurs pays, dont les États-Unis. Une étude récente révèle que les scores de QI des adultes américains ont baissé de 6 points en moyenne depuis 2010, un déclin qualifié d'historique par les chercheurs. Ce renversement interroge sur les causes de cette baisse et ses conséquences potentielles.

Causes multifactorielles

Plusieurs facteurs expliquent ce déclin cognitif. D'abord, la surcharge cognitive : notre cerveau, sollicité en permanence par des flux d'informations (réseaux sociaux, notifications, multitâche), peine à traiter efficacement ces données. Ensuite, l'éducation joue un rôle clé : des études montrent que les jeunes générations, malgré un accès accru au savoir, développent des compétences différentes, parfois moins adaptées aux tests de QI traditionnels. Enfin, des éléments comme la pollution, les perturbateurs endocriniens ou même les régimes alimentaires pourraient altérer les capacités cognitives. Ces causes, combinées, dessinent un tableau complexe où la technologie n'est qu'un des acteurs.

Technologie : ami ou ennemi ?

La technologie est souvent pointée du doigt comme responsable de l'abrutissement généralisé. Pourtant, son rôle est ambivalent. D'un côté, elle facilite l'accès à l'information et stimule certaines formes d'intelligence (comme la résolution de problèmes complexes via des algorithmes). De l'autre, elle encourage des comportements passifs (consommation passive de contenus, dépendance aux écrans) et réduit le temps consacré à des activités cognitives exigeantes, comme la lecture approfondie ou la réflexion personnelle. Le problème ne réside donc pas dans la technologie elle-même, mais dans la manière dont nous l'utilisons.

Conséquences sociétales

Une baisse généralisée du QI pourrait avoir des répercussions majeures sur la société. Elle menace la capacité des individus à prendre des décisions éclairées, à innover ou à comprendre des concepts complexes, essentiels dans un monde de plus en plus technique. Elle pourrait aussi alimenter les divisions sociales, creusant l'écart entre ceux qui maîtrisent les outils cognitifs et les autres. Enfin, elle pose la question de l'adaptation des systèmes éducatifs et des politiques publiques, qui devront peut-être repenser leurs méthodes pour répondre à ces nouveaux défis.

Ce que ça pourrait changer

Face à ce constat, plusieurs pistes sont explorées pour inverser la tendance. Les experts recommandent de limiter la surcharge informationnelle en instaurant des périodes de déconnexion, de privilégier des activités stimulantes pour le cerveau (lecture, jeux de stratégie, apprentissages), et de renforcer l'éducation cognitive dès le plus jeune âge. Certains prônent aussi une meilleure régulation des écrans et des réseaux sociaux, notamment pour les enfants. Enfin, des recherches en neurosciences cherchent à identifier des leviers pour améliorer ou préserver les capacités cognitives, comme l'alimentation ou l'exercice physique.

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