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Culture

La démocratie est-elle empêchée par le présent ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

Pourquoi la démocratie peine-t-elle à penser le long terme face aux défis comme la crise climatique ? Et comment replacer l’avenir au cœur des décisions politiques et citoyennes ? C'est ce qu'interroge notre invité, l'historien Pierre Rosanvallon, dans son dernier livre, La "tyrannie du présent"..

Démocratie et temps court

La démocratie représentative, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, semble privilégier les décisions à court terme, souvent limitées à l’horizon d’un mandat électoral. Par exemple, à sept mois de l’élection présidentielle en France, les débats politiques se concentrent sur des sujets immédiats comme le prix de l’énergie ou le budget annuel, plutôt que sur des enjeux structurels comme la crise climatique. Cette focalisation sur le présent s’explique par la nature même des élections, qui obligent les responsables politiques à répondre aux attentes immédiates des citoyens pour obtenir leur réélection. Ainsi, les projets nécessitant une vision à long terme, comme la transition écologique, peinent à émerger dans l’agenda politique.

Tyrannie du présent

L’historien Pierre Rosanvallon, invité dans le podcast Questions du soir sur Radio France, analyse ce phénomène dans son livre La "tyrannie du présent". Selon lui, cette tendance à privilégier le court terme crée une forme de paralysie face aux défis globaux. Le terme tyrannie du présent désigne l’incapacité des sociétés démocratiques à anticiper les conséquences futures de leurs actions, en raison de la pression exercée par les cycles électoraux et les urgences immédiates. Rosanvallon souligne que cette situation empêche les citoyens et les décideurs de saisir l’urgence des transformations nécessaires, comme celles liées au climat.

Crise climatique ignorée

La crise climatique illustre parfaitement cette difficulté à penser le long terme. Bien que ses effets se manifestent déjà, comme l’augmentation des températures ou la multiplication des événements météorologiques extrêmes, les solutions pour y remédier exigent des mesures radicales et des investissements massifs sur plusieurs décennies. Pourtant, ces enjeux sont rarement au cœur des campagnes électorales ou des débats politiques, car leurs résultats ne se concrétiseront que bien après le mandat des dirigeants actuels. Rosanvallon note que cette déconnexion entre l’urgence climatique et les priorités politiques actuelles aggrave la situation.

Innovations démocratiques

Pour contrer cette tyrannie du présent, Pierre Rosanvallon propose des innovations institutionnelles et citoyennes visant à replacer l’avenir au centre des débats. Parmi les pistes évoquées, il mentionne la création de chambres du futur ou de comités de prospective composés de citoyens tirés au sort, chargés d’évaluer l’impact à long terme des politiques publiques. Ces structures pourraient fonctionner en parallèle des institutions traditionnelles, comme le Parlement, pour apporter une vision complémentaire. L’objectif est de briser la logique du court terme en intégrant systématiquement une réflexion sur les générations futures dans les processus décisionnels.

Rôle des citoyens

Les citoyens ont également un rôle clé à jouer pour déplacer les débats démocratiques vers l’avenir. Rosanvallon insiste sur la nécessité de cultiver un sens de l’urgence du futur, c’est-à-dire une prise de conscience collective de l’importance d’agir dès maintenant pour préserver les conditions de vie des générations futures. Cela passe par une éducation renforcée aux enjeux globaux, comme le climat, et par une participation active des citoyens aux mécanismes de démocratie participative. L’idée est de créer une dynamique où les choix politiques intègrent systématiquement une dimension intergénérationnelle, afin de sortir de la logique du présent immédiat.

Ce que ça pourrait changer

Le contexte actuel en France, à sept mois de l’élection présidentielle, illustre les tensions entre le temps court de la politique et les défis de long terme. Les candidats et les partis se concentrent sur des promesses électorales immédiates, comme la baisse des prix de l’énergie ou la maîtrise des dépenses publiques, plutôt que sur des réformes structurelles. Cette focalisation reflète les attentes des électeurs, souvent plus sensibles aux problèmes concrets du quotidien qu’aux enjeux abstraits ou lointains. Rosanvallon souligne que cette situation révèle une crise de représentation, où les institutions démocratiques peinent à incarner une vision collective de l’avenir.

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