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Généraliste

En pleine guerre commerciale avec les États-Unis, le Canada toujours plus proche de l’UE

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Mark Carney sera le premier chef de gouvernement canadien à assister au discours sur l’état de l’Union européenne..

Contexte géopolitique

Le Canada et les États-Unis traversent une période de tensions commerciales sous la présidence de Donald Trump, marquée par des mesures protectionnistes comme des droits de douane élevés. Face à cette instabilité, le Canada cherche à diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques. C’est dans ce cadre que le premier ministre canadien Mark Carney se rend à Strasbourg pour assister au discours sur l’état de l’Union européenne, une première pour un chef de gouvernement canadien. Cette visite s’inscrit dans une stratégie de rapprochement avec l’Union européenne (UE), perçue comme un partenaire plus stable et fiable. L’UE, de son côté, souhaite aussi réduire sa dépendance aux États-Unis et diversifier ses alliances, comme en témoigne l’accord commercial signé avec l’Inde en 2024.

Visite symbolique de Carney

Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, effectue un déplacement symbolique à Strasbourg les 18 et 19 septembre 2026. Il devient le premier chef de gouvernement canadien invité à assister au discours sur l’état de l’Union, prononcé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Le lendemain, il s’exprimera devant les eurodéputés à Strasbourg, puis rencontrera le premier ministre britannique Andy Burnham à Liverpool. Ce voyage illustre l’importance accordée par le Canada à ses relations avec l’UE, qualifiée par Carney de « plus européen des pays non-européens ». L’eurodéputé allemand Tobias Cremer souligne les atouts du Canada pour l’UE, comme ses ressources en énergie, terres rares et minerais, dont l’Europe manque cruellement.

Renforcement des liens économiques

Le Canada et l’UE ont déjà signé en 2016 un accord de libre-échange appelé Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), qui supprime les droits de douane sur 98 % des produits échangés. Cependant, cet accord n’est toujours pas pleinement appliqué, car il doit encore être ratifié par 10 pays de l’UE sur 27, dont la France. Depuis un an, les relations se sont intensifiées avec des accords sur la participation du Canada à un programme européen d’aide à l’industrie de défense. Le Canada cherche aussi à renforcer sa coopération avec l’UE en matière de sécurité et d’économie, comme en témoignent les « intenses discussions » prévues lors du sommet Canada-UE à Montréal fin octobre 2026. L’objectif est de créer une « alliance unique », distincte d’une adhésion à l’UE.

Projet d’alliance unique

Mark Carney a clairement indiqué que le Canada ne souhaite pas devenir membre de l’UE, mais plutôt établir une alliance unique basée sur des valeurs communes et des atouts complémentaires. Selon un sondage d’avril 2026, 57 % des Canadiens soutiennent cette idée. L’UE pourrait envisager cette alliance malgré les critères stricts de son traité, qui limitent l’adhésion aux « États européens ». Cependant, des analystes comme Ignacio Garcia Bercero (think tank Bruegel) estiment qu’une adhésion n’est pas « vraiment une perspective réaliste », bien que des liens étroits soient possibles sans intégration totale, comme avec la Suisse ou l’Islande. Le Canada mise sur cette alliance pour réduire sa dépendance aux États-Unis, mais les exportations vers l’UE ne représentent que 5 % de son total, contre 70 % vers les États-Unis.

Ce que ça pourrait changer

Le rapprochement entre le Canada et l’UE se manifeste aussi par des gestes symboliques. Le Canada a été invité à participer au concours **Eurovision de la chanson**, une première pour un pays non-européen, et cherche actuellement un artiste pour le représenter. Mark Carney a également évoqué lors d’un discours en Arménie en mai 2025 que l’Europe et le Canada refusent un monde « plus transactionnel, insulaire et brutal ». Malgré ces avancées, le Canada reste conscient que cette alliance ne résoudra pas à elle seule sa forte dépendance économique envers les États-Unis. Les discussions en cours visent à concrétiser cette coopération renforcée d’ici fin 2026.

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