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Généraliste

Vingt ans à attendre une police qui ne vient pas

ICI Radio-Canada · mis à jour 2 sept.

Violence, drogues et crises se multiplient alors que la communauté attend toujours une présence policière..

Un poste sans policiers

À Winneway, une communauté autochtone de la Première Nation de Long Point au Québec, un poste de police existe physiquement mais reste vide de policiers depuis 2006. Ce mobil-home blanc, situé au bord d’une route isolée du Témiscamingue, symbolise l’absence de service policier permanent. La Sûreté du Québec (SQ), la police provinciale, intervient depuis Ville-Marie, à 100 km de distance, tandis que les agents autochtones des communautés voisines de Timiskaming et Kebaowek ne peuvent agir sans l’appui de la SQ. Le chef Steve Mathias dénonce cette situation, soulignant que des policiers formés et originaires de la communauté ne peuvent assurer une présence locale, malgré les demandes répétées depuis 20 ans. Le poste, autrefois actif, a cessé ses activités en 2006 en raison de désaccords financiers avec les gouvernements fédéral et provincial.

Des délais dangereux

L’absence de policiers à Winneway force les intervenants locaux à gérer seuls des situations critiques, avec des délais d’attente pouvant atteindre six heures avant l’arrivée des secours. Priscilla Pichette, infirmière en santé communautaire, rapporte que les appels urgents pour des patients agressifs, suicidaires ou armés surviennent deux à trois fois par mois. Les soignantes, comme elle, doivent parfois attendre jusqu’à une heure et demie avant une intervention, mettant en péril leur propre sécurité et celle des patients. Sky Polson, intervenant social, décrit des choix impossibles : entrer dans une maison en crise sans protection policière ou renoncer à aider une personne en danger. Ces situations illustrent l’isolement de Winneway, où les services d’urgence sont souvent jugés non prioritaires par les autorités extérieures.

Une communauté en autodéfense

Face à l’absence de policiers, la communauté de Winneway a dû organiser elle-même une surveillance nocturne, recrutant des citoyens pour patrouiller en véhicule et tenter de calmer les tensions. Ces bénévoles, sans pouvoirs policiers ni formation adéquate, complètent le travail des pompiers volontaires, des infirmières et des travailleurs sociaux. Cependant, cette solution reste insuffisante : les habitants évitent de sortir après la tombée de la nuit, et des incidents comme des vitres brisées, du vandalisme ou des rassemblements dangereux persistent. Le chef Steve Mathias rappelle que ces mesures improvisées ne remplacent pas un service policier permanent, essentiel pour prévenir les crises et protéger la population.

Drogue et insécurité quotidienne

Winneway fait face à une crise de toxicomanie marquée par la circulation de substances dures comme le fentanyl, la méthamphétamine et le crack. Le chef Steve Mathias affirme que personne dans la communauté n’est épargné, chaque famille connaissant un proche touché par cette dépendance. Les trafiquants, souvent venus de l’Ontario voisine, exploitent l’absence de policiers pour s’installer temporairement dans la communauté, où ils sont rarement inquiétés. Une décision de justice a interdit l’accès à un individu menaçant, mais les trafiquants surveillent les déplacements des rares patrouilles extérieures. Le centre de la petite enfance de la communauté, dirigé par Diane Polson, constate que les enfants normalisent ces réalités, ce qui aggrave les risques de détresse mentale et de violence.

Vingt ans de promesses non tenues

Depuis 2006, Winneway attend la concrétisation d’engagements politiques pour rétablir un service policier permanent. Le chef Steve Mathias, ancien policier lui-même, rappelle que la Première Nation de Long Point a déjà géré son propre corps policier grâce à des ententes avec Ottawa et Québec, avant que le financement ne devienne insuffisant. En 2008, une entente-cadre avec le Québec prévoyait cinq rencontres pour résoudre le dossier, mais les négociations se sont enlisées. Un projet de service policier régional, incluant les communautés voisines de Timiskaming et Kebaowek, a été envisagé, mais Winneway n’a toujours pas obtenu de présence policière permanente. En juillet 2023, Kebaowek a finalement inauguré son propre poste de police, une avancée saluée mais insuffisante pour Winneway.

Ce que ça pourrait changer

Les habitants de Winneway, comme Marcus Gero (18 ans, pompier volontaire) ou Marissa Rogers (20 ans), expriment un mélange de résignation et d’espoir face à l’absence de policiers. Marcus souligne que des situations comme un homme désorienté se dénuder devant des enfants ou des jeunes roulant à vive allure la nuit pourraient être mieux gérées avec une présence policière locale. Marissa Rogers, née et élevée à Winneway, décrit l’isolement, le manque d’activités et la normalisation de la consommation de drogue dans sa communauté. Tous réclament une solution urgente, craignant que l’inaction ne conduise à des drames irréparables. Le chef Steve Mathias avertit : « J’espère qu’on n’attend pas qu’il y ait du sang avant d’agir beaucoup plus sérieusement. »

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