Charlevoix, une région entre fleuve, montagnes et désillusion électorale
Les trois partis en avance peinent à répondre aux préoccupations de la population, a constaté «Le Devoir» sur place..
La circonscription de Charlevoix–Côte-de-Beaupré est un territoire où s’affrontent trois principaux partis politiques lors des élections de 2026. La députée sortante, Kariane Bourassa, représente la Coalition avenir Québec (CAQ), un parti au pouvoir au Québec depuis 2018. Caroline Simard, ancienne députée libérale, se présente sous la bannière du Parti conservateur du Québec, un parti fédéral qui a étendu son influence au provincial. François Gariépy, ancien journaliste, représente quant à lui le Parti québécois (PQ), un parti souverainiste historique. Cette triangulaire illustre les tensions politiques dans une région où les enjeux locaux, comme le troisième lien (un projet de pont entre Québec et Lévis), divisent les électeurs.
La région de Charlevoix, notamment l’île d’Orléans, fait face à des défis environnementaux majeurs. Les pylônes de transport à haute tension d’Hydro-Québec, installés entre 1965 et 1973, dégradent le paysage naturel. Le projet de troisième lien, un pont supplémentaire entre Québec et Lévis, suscite des inquiétudes, notamment en raison des risques d’expropriation pour les terres agricoles. Par ailleurs, la sécheresse cyclique menace les cultures locales, comme celles de la famille Plante, qui cultive ses champs depuis cinq générations. Les bassins d’irrigation sont parfois vides pendant plusieurs jours, limitant la production agricole. Ces enjeux environnementaux sont perçus comme prioritaires par les habitants, bien que peu médiatisés pendant la campagne électorale.
La région de Baie-Saint-Paul, comme une grande partie de Charlevoix, souffre d’un manque chronique de main-d’œuvre, aggravé par le vieillissement de la population. Les entreprises locales, notamment les restaurants et les commerces, dépendent de plus en plus de travailleurs immigrants pour fonctionner. Cependant, depuis la réduction des quotas d’immigration par le gouvernement fédéral, de nombreux travailleurs temporaires sont contraints de quitter le pays, laissant des entreprises en difficulté. Annie Simard, responsable des communications pour les Services de main-d’œuvre L’Appui, souligne que ces départs créent un « trou au cœur » des communautés, car ces travailleurs ont souvent tissé des liens sociaux et familiaux dans la région. Constantino Duclos, directeur général adjoint de L’Appui, questionne la pertinence de pénaliser les régions éloignées pour des problèmes d’immigration qui ne les concernent pas directement.
L’est de Charlevoix, incluant des villages comme Saint-Siméon et Baie-Sainte-Catherine, est une région en déclin démographique et économique. Contrairement à l’ouest de la circonscription, plus proche de Québec, cette partie de Charlevoix peine à attirer des touristes et à maintenir une population stable. Sylvain Tremblay, ancien maire de Saint-Siméon, dénonce l’indifférence des partis politiques envers les besoins de la région. Il propose la création d’un parc national entre Saint-Siméon et Baie-Sainte-Catherine comme solution pour revitaliser l’économie locale. Il souligne également que la construction d’un pont au-dessus de la rivière Saguenay permettrait de capter une partie des flux touristiques en direction de Tadoussac, actuellement concentrés de l’autre côté de la rivière. Malgré ces propositions, aucun parti ne semble s’emparer de ces enjeux pendant la campagne électorale.
Les habitants de Charlevoix expriment une frustration croissante face à l’absence de représentation politique à la hauteur de leurs besoins. Catherine Monna, entrepreneure sur l’île d’Orléans, critique l’hypocrisie de certains partis politiques qui tolèrent des discours ou des comportements condamnables, en référence aux débats entourant l’immigration et l’environnement. Elle craint que ces attitudes ne reflètent une dérive plus large de la société québécoise. De son côté, Corinne Tremblay, native de Charlevoix, observe un changement démographique et culturel dans la région, avec l’arrivée de nouveaux arrivants qui apportent une vitalité économique et sociale. Cependant, ces transformations s’accompagnent de tensions, notamment sur la gestion des ressources naturelles et l’accueil des immigrants.

