Guerre spatiale : comment la Chine et la Russie se préparent à anéantir Starlink le moment venu
Des documents confidentiels dévoilent le plan établi par la Chine et la Russie pour neutraliser Starlink, jusqu'à envisager la destruction physique de ses satellites. La guerre spatiale prend un nouveau tournant..
Une enquête menée par The Insider, Der Spiegel et Le Monde révèle une collaboration militaire approfondie entre la Russie et la Chine, bien plus intense qu’anticipé. Cette coopération s’est concrétisée lors du troisième Forum de coopération militaro-technique Russie-Chine à Guangzhou en 2025, où des documents confidentiels, dont quatre présentations PowerPoint et un protocole signé à Moscou en juin 2023, ont été analysés. Ces documents exposent des stratégies communes dans plusieurs domaines stratégiques, notamment la neutralisation de Starlink, une constellation de satellites appartenant à SpaceX. L’enquête, basée sur des sources anonymes et des documents officiels, souligne un partenariat inédit entre les deux pays, marqué par une discrétion absolue.
Starlink, développé par SpaceX, est bien plus qu’un simple fournisseur d’accès à Internet. Cette constellation de satellites joue un rôle clé dans les conflits modernes, notamment en Ukraine, où elle coordonne les évacuations médicales, guide les tirs d’artillerie et pilote des drones en temps réel. Son lien avec le Pentagone, via le service Starshield, en fait une cible prioritaire pour la Russie et la Chine. Avec plus de 10 000 satellites en orbite, Starlink est conçu pour résister aux attaques classiques grâce à son architecture distribuée, sans point central vulnérable. Cependant, sa domination spatiale est perçue comme un blocus spatial par la Chine, qui justifie ainsi une possible attaque comme une mesure de légitime défense.
La Chine et la Russie ont élaboré une stratégie en trois étapes pour contrer Starlink. Le premier niveau vise à imposer des limites réglementaires via une coalition internationale, en s’appuyant sur les risques de collision en orbite. Le deuxième niveau consiste à bloquer Starlink par des moyens techniques, comme le brouillage électromagnétique ou la régulation des fréquences et des créneaux orbitaux. Les deux pays prévoient également de fusionner leurs programmes anti-satellites pour créer un système commun capable de neutraliser Starlink dans des zones ciblées. Le troisième niveau, le plus radical, prévoit la destruction physique du réseau, d’abord par des cyberattaques infiltrant les terminaux utilisateurs, puis par l’élimination des satellites à l’aide d’armes comme des billes métalliques russes, conçues pour percer les panneaux solaires des satellites.
Face à la domination de Starlink, la Chine et la Russie développent leurs propres constellations de satellites. La Chine a lancé Guowang et Qianfan, qui comptent respectivement 12 992 et environ 380 satellites prévus, mais seulement 350 à 380 sont actuellement en orbite. La Russie, de son côté, a déployé Rassvet, avec une quarantaine de satellites. Ces alternatives restent largement en retard par rapport à Starlink, qui compte déjà plus de 10 000 satellites. Cette disparité rend difficile une substitution rapide en cas de neutralisation de Starlink, soulignant l’urgence pour les deux pays de combler cet écart.
En parallèle de leur stratégie contre Starlink, la Russie et la Chine collaborent sur un système de défense antiaérienne et antimissile capable d’intercepter des missiles hypersoniques américains en phase terminale, c’est-à-dire juste avant leur impact. Ce projet, formalisé en juin 2023, dépasse les capacités actuelles de la Russie, y compris son missile le plus avancé, le S-500. Les deux pays unissent leurs forces pour développer cette technologie, combinant l’expérience russe en retour d’expérience militaire avec les avancées chinoises en drones et en intelligence artificielle. Cette coopération est jugée extrêmement préoccupante par les alliés européens, notamment l’Allemagne.
La coopération militaire sino-russe suscite des craintes en Europe, où les alliés perçoivent un rapprochement sans précédent entre Moscou et Pékin. Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, qualifie la situation de *extrêmement préoccupante*, notamment en raison du partage de technologies de défense antiaérienne par la Russie, une première. Cette alliance stratégique, qui inclut également le contournement des sanctions occidentales sur les semi-conducteurs, est perçue comme une menace croissante pour la stabilité internationale. Les documents révélés par l’enquête confirment l’ampleur de cette collaboration, qui dépasse largement le cadre de la neutralisation de Starlink.

