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Résilience climatique : à quoi nos villes doivent-elles se préparer d’ici 2040?

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Le Canada se dirige vers un réchauffement climatique inévitable de 2,7 degrés en moyenne d'ici 2040..

Réveil climatique urbain

D’ici 2040, le Canada devrait subir un réchauffement climatique moyen de 2,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle, selon le Rapport sur le climat changeant du Canada de 2026. Cette hausse des températures entraînera des risques climatiques majeurs pour les villes, notamment des inondations, des canicules et une augmentation de la fumée liée aux feux de forêt. Elliot Cappell, expert en résilience urbaine chez PwC Canada et ancien responsable de la résilience à Toronto, classe ces défis en trois catégories : le plus coûteux (les inondations), le plus effrayant (la chaleur extrême) et le plus évident (la fumée des feux de forêt). Ces risques ne sont pas théoriques : Toronto a déjà subi en 2026 des tempêtes déversant 100 à 110 mm de pluie en quelques heures, causant des dégâts matériels importants, tandis que la chaleur extrême a provoqué 628 décès au Québec en 2025, dont une grande partie à Montréal.

Inondations : le fléau coûteux

Les inondations représentent le risque climatique le plus coûteux pour les villes, bien au-delà des débordements de rivières. Les tempêtes soudaines, appelées cloudburst (averses diluviennes), déversent d’énormes quantités d’eau en très peu de temps, submergeant les infrastructures de gestion des eaux pluviales. À Toronto, une tempête en septembre 2026 a causé des dégâts matériels majeurs, comme l’effondrement des gradins du Stade Rogers, forçant l’annulation d’un concert. Ces événements dépassent la capacité des systèmes actuels, entraînant des coûts de réparation élevés et des perturbations dans tous les quartiers. Pour y faire face, la Ville de Toronto a lancé le Basement Flooding Protection Program, un projet de modernisation des infrastructures de drainage quartier par quartier, l’un des plus ambitieux au monde.

Canicules : danger mortel

La chaleur extrême est le risque climatique le plus dangereux pour la vie humaine, selon Elliot Cappell. Les vagues de chaleur prolongées, comme celles de 2025 et 2026, ont causé des milliers de décès, principalement parmi les populations vulnérables (personnes âgées, malades chroniques). Dominique Derome, professeure en physique du bâtiment à l’Université de Sherbrooke, souligne que les nuits tropicales, où les températures ne descendent pas suffisamment pour permettre au corps de récupérer, aggravent ce risque. En 2025, le Québec a enregistré 628 décès liés à la chaleur, soit 2,1 % de la mortalité estivale, avec une concentration particulière à Montréal. Les solutions incluent l’amélioration de l’étanchéité des bâtiments et l’installation de thermopompes pour rafraîchir les logements de manière efficace.

Fumée des feux : menace invisible

La fumée des feux de forêt est devenue un risque climatique omniprésent et sous-estimé. En 2026, le Canada a enregistré plus de 5 300 feux de forêt, générant une pollution atmosphérique persistante. Cette fumée, composée de particules fines, pénètre les poumons et aggrave les problèmes respiratoires, notamment chez les personnes fragiles. Elle impose aussi des défis logistiques, comme la nécessité de systèmes de filtration d’air performants dans les espaces intérieurs. Malgré son impact sanitaire, les villes ne sont pas encore pleinement préparées à gérer ce phénomène, qui s’ajoute aux autres risques climatiques. Les experts soulignent l’absence de solutions urbaines globales pour protéger la population contre ces épisodes répétés.

Nature urbaine : atout résilience

Les villes canadiennes, comme Toronto, disposent d’atouts naturels pour atténuer certains risques climatiques. Michel Trocmé, expert en urbanisme, souligne que la présence de rivières, de ruisseaux et de couverts forestiers offre une résilience passive contre les inondations et les canicules. Ces espaces verts agissent comme des couloirs de fraîcheur et des zones d’absorption des eaux pluviales. Toronto vise ainsi à atteindre une couverture forestière de 40 % d’ici 2050. Cependant, ces solutions ne sont pas instantanées : un arbre met environ 25 ans à offrir pleinement ses services écosystémiques, et sa survie dépend de conditions climatiques de plus en plus difficiles.

Logements adaptés : priorité

Adapter son logement est une étape clé pour faire face aux risques climatiques. Elliot Cappell recommande de constituer des réserves d’eau et de nourriture pour 72 heures en cas de panne de courant ou d’isolement. Pour les bâtiments, il conseille de consulter des guides pratiques, comme ceux du Centre Intact d’adaptation au climat, pour moderniser l’étanchéité et installer des thermopompes. Dominique Derome insiste aussi sur la nécessité de filtrer l’air intérieur pour se protéger de la fumée des feux de forêt. Ces mesures individuelles complètent les efforts municipaux, comme le programme de protection contre les inondations à Toronto, mais leur efficacité dépend aussi de la qualité des infrastructures existantes.

Communautés solidaires

La résilience climatique passe aussi par le renforcement des liens communautaires. Helena Yu, codirectrice de Sprout Climate, encourage les citoyens à s’organiser localement pour se soutenir mutuellement en cas de crise. Les études montrent que les quartiers où les voisins se connaissent ont des taux de mortalité plus bas lors des vagues de chaleur, grâce à une entraide accrue. Sharon Lam, scientifique à l’Office de protection de la nature de Toronto, rappelle que les inégalités sociales aggravent les risques climatiques : les populations vulnérables, souvent logées dans des bâtiments vétustes, ont moins de moyens pour s’adapter. La solidarité locale devient donc un levier essentiel pour combler ces écarts.

Défis systémiques

Malgré les initiatives locales, les villes font face à des lacunes systémiques dans leur préparation aux risques climatiques. Michel Trocmé pointe un manque de coordination entre les services municipaux, comme ceux en charge des parcs, des forêts ou des infrastructures, qui peinent à travailler de manière intégrée. Helena Yu déplore aussi un vide dans la gestion des crises post-catastrophe, où les responsabilités entre assureurs, municipalités et organismes de secours restent floues. Résultat : les efforts se concentrent souvent sur la reconstruction du statu quo, sans chercher à éviter la répétition des mêmes problèmes. Ces dysfonctionnements ralentissent l’adaptation des villes, pourtant indispensable face à l’accélération des risques.

Ce que ça pourrait changer

Le réchauffement climatique agit comme un multiplicateur de risques, intensifiant les inégalités sociales existantes. Les populations pauvres, souvent logées dans des logements de moindre qualité et moins équipées pour faire face aux crises, sont les plus exposées. Elliot Cappell illustre ce phénomène : les quartiers défavorisés subissent davantage les inondations et les canicules, tout en ayant moins de ressources pour s’adapter. Sharon Lam souligne aussi que les infrastructures vieillissantes et l’insécurité alimentaire aggravent ces vulnérabilités. La crise climatique révèle ainsi les failles d’un système où les solutions ne sont pas équitablement réparties entre les citoyens.

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