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37e Nuit des sans-abris : « L’itinérance peut toucher tout le monde »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 5 h

Une rupture ou une éviction suffisent pour se retrouver à la rue, rappellent les travailleurs sur le terrain..

Nuit des sans-abris

La Nuit des sans-abris est un événement annuel organisé depuis 37 ans au Québec pour sensibiliser la population à la réalité des personnes en situation d’itinérance. Cette année, elle se déroule le 16 octobre 2026 avec plus d’une centaine d’activités dans la province. L’objectif est de briser les préjugés et de permettre au public de mieux comprendre les difficultés vécues par les sans-abri, notamment en passant une nuit dehors malgré des conditions météorologiques difficiles, comme de la neige au Saguenay–Lac-Saint-Jean ou une pluie intense à Montréal. L’édition 2026 porte sur le thème « Rendre visible l’invisible », mettant en lumière la diversité des profils concernés par l’itinérance.

Hausse de l'itinérance

Selon le dernier recensement du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, effectué en 2025, plus de 15 000 personnes vivaient dans la rue au Québec, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2022. Cependant, ces chiffres ne reflètent pas l’itinérance cachée, qui désigne les situations où une personne n’a pas de domicile fixe sans pour autant dormir dans la rue, comme des familles vivant à huit dans un logement de 2,5 pièces. Les experts soulignent que l’itinérance touche désormais des personnes ayant un emploi, souvent à cause d’un accident de travail, d’une perte de logement ou d’une séparation. Par exemple, 16 % des personnes en situation d’itinérance conservent un travail.

Diversité des profils

L’itinérance ne concerne pas seulement les hommes adultes, mais aussi des femmes, des familles, des aînés, des personnes autochtones, des jeunes, des travailleurs précaires et des personnes en situation de handicap. Catherine Marcoux, membre du comité organisateur de la Nuit des sans-abris de Montréal, explique que cette diversité montre que l’itinérance peut toucher n’importe qui. Les organismes d’aide, comme le Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), qui représente plus de 260 organismes dans 18 régions, jouent un rôle clé dans la défense des droits et la réponse aux besoins de ces personnes. Le RSIQ est actif depuis 1998.

Précarité et santé mentale

Les intervenants sociaux observent une dégradation collective de la santé mentale, liée à des enjeux variés comme la montée de la violence et l’augmentation des écarts de richesse. Les loyers élevés et des revenus insuffisants rendent les ménages vulnérables : une personne peut se retrouver à trois ou quatre mois de salaire de la crise. Lucie Tremblay, coordonnatrice au café-jeunesse de Chicoutimi, note que ces problèmes ne touchent pas uniquement les populations vulnérables, mais aussi une partie plus large de la société. Pierre-Olivier Gravel, directeur général adjoint de Point de rue, confirme que personne n’est à l’abri, surtout dans les régions rurales où les ressources manquent.

Solutions et prévention

Eric Edström, du RSIQ, insiste sur l’importance de combiner aide d’urgence et prévention pour lutter contre l’itinérance. Il critique les mauvaises décisions des 30 à 40 dernières années, comme le manque de logements sociaux, un système de santé saturé et un revenu minimum insuffisant. Il propose des solutions comme la conversion d’immeubles privés en logements sociaux ou communautaires. Il dénonce aussi le démantèlement des campements sans alternative proposée, car cela prive les personnes de leurs maigres ressources. Pour lui, la prévention est cruciale : il est plus facile d’éviter que des gens se retrouvent à la rue que de les aider une fois qu’ils y sont.

Engagement politique

Le Parti québécois (PQ) a annoncé un investissement de 1 milliard de dollars sur quatre ans pour réduire l’itinérance de moitié. Ce montant se divise en 400 millions pour des logements adaptés et 600 millions pour des programmes sociaux et de prévention. Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a qualifié l’itinérance de problème complexe nécessitant des actions dans plusieurs domaines. Il a souligné que l’itinérance touche désormais toutes les régions du Québec et tous les milieux sociaux, confirmant que personne n’est à l’abri.

Ce que ça pourrait changer

L’itinérance en milieu rural, autrefois invisible, devient de plus en plus visible avec l’apparition de campements. Pierre-Olivier Gravel, de Point de rue, souligne les défis spécifiques des régions, comme le manque de ressources et d’hébergements dédiés. Ces campements se forment souvent par nécessité, car vivre en communauté permet de mieux survivre. Cependant, les démantèlements fréquents sans solutions alternatives aggravent la situation. Les régions rurales sont donc en première ligne pour constater l’aggravation du phénomène, qui s’étend désormais au-delà des grandes villes.

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