Espagne : à l’aube des élections, un puissant mouvement social sur le logement
L'occupation de la Puerta del Sol à Madrid par des manifestants pour le droit au logement a ravivé le souvenir de la révolte contre l'austérité qui a débuté en 2011. Mais alors que les « Indignados » utilisaient un discours populiste généraliste, ce nouveau mouvement affiche clairement une orientation de gauche axée sur les questions de classe.
En Espagne, les élections anticipées du 29 novembre 2026 se déroulent dans un contexte politique marqué par l'affaiblissement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez. Ce dernier, à la tête d'un gouvernement de coalition de gauche depuis 2019, a convoqué ces élections après l'échec de ses réformes sur le logement. Son mandat a été marqué par une croissance économique record en Europe, mais aussi par une hausse des inégalités et des tensions sociales, notamment sur la question du logement. Les sondages donnent une avance aux partis de droite, le Parti populaire (PP) et Vox, avec plus de 50 % des intentions de vote. Sánchez mise sur un rapprochement avec l'électorat de gauche radicale pour tenter de conserver le pouvoir, malgré les critiques sur ses résultats limités en matière de logement.
Le mouvement des Indignados (ou 15-M), né en 2011 sur la Puerta del Sol à Madrid, avait marqué un tournant politique en Espagne avec des manifestations massives contre l'austérité et pour une démocratie plus directe. Ce mouvement, spontané et sans leader, rejetait les structures politiques traditionnelles et prônait une démocratie participative. Il a inspiré la création du parti Podemos en 2014, qui a ensuite participé à des gouvernements de coalition avec le PSOE. Cependant, malgré ces avancées, le mécontentement persiste, notamment en raison de l'absence de solutions durables aux problèmes sociaux, comme le logement. Le nouveau mouvement de 2026, bien que partant du même lieu symbolique, diffère radicalement dans ses revendications et son organisation.
Depuis le 26 septembre 2026, un nouveau mouvement social pour le droit au logement occupe la Puerta del Sol à Madrid, organisé principalement par le Sindicato de Inquilinas (syndicat des locataires). Contrairement au 15-M, ce mouvement est clairement ancré à gauche, avec des références explicites au socialisme, à l'anarchisme et à la lutte des classes. Les manifestants dénoncent les expulsions massives, notamment celle de Maricarmen Abascal, une locataire de 87 ans, expulsée par un fonds d'investissement. Les revendications incluent la régulation des loyers, la lutte contre la spéculation immobilière et l'occupation des logements vacants. Les slogans comme « Vive la lutte de la classe ouvrière » ou « L'occupation est la seule réponse à la spéculation » illustrent cette orientation radicale.
La crise du logement en Espagne est exacerbée par la flambée des prix et des loyers, notamment dans les grandes villes comme Madrid. Les locataires consacrent jusqu'à 70 % de leurs revenus à leur loyer, et de nombreux quartiers sont gentrifiés par l'arrivée de touristes, de nomades numériques et d'investisseurs étrangers. Le gouvernement de Sánchez a tenté de réagir avec deux décrets sur le logement, mais l'un d'eux a été rejeté par le parti nationaliste catalan Junts, forçant la convocation des élections. La ministre du Logement, Isabel Rodríguez, propriétaire de plusieurs appartements, a été critiquée pour ses propositions jugées insuffisantes, comme la limitation volontaire des hausses de loyer par les propriétaires.
Malgré huit ans de gouvernement de coalition de gauche, les politiques progressistes n'ont pas suffi à résoudre la crise du logement. Le PSOE, bien que plus progressiste qu'avant, reste attaché à des croyances néolibérales, comme la sacralisation de la propriété privée et la croyance en un libre marché immobilier. Les partis de gauche radicale, Podemos et Sumar, ont tenté de porter cette question, mais leurs divisions et leur manque de préparation électorale limitent leur influence. Sánchez espère attirer une partie de leur électorat, mais son bilan mitigé sur le logement rend cette stratégie risquée. Les élections de novembre 2026 s'annoncent comme un test pour la gauche institutionnelle et les mouvements sociaux.
Les élections anticipées du 29 novembre 2026 représentent un défi majeur pour Pedro Sánchez et son parti, le PSOE. Les partis de droite, le PP et Vox, sont donnés favoris avec plus de 50 % des intentions de vote. La gauche radicale, divisée, tente de former une coalition sous le nom de *Frente Amplio*, mais peine à mobiliser son électorat. Sánchez mise sur un discours plus progressiste pour séduire les électeurs déçus par son gouvernement, mais son bilan sur le logement et les inégalités pourrait lui aliéner une partie de son électorat traditionnel. Ces élections pourraient marquer la fin d'un cycle politique ouvert en 2011 avec le 15-M et confirmer l'émergence d'un nouveau mouvement social axé sur les questions matérielles et la lutte des classes.

