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Généraliste

Sortir de la vision infantiste

Le Devoir · mis à jour il y a 17 j

Il faut dire non à ce que j’appelle l’agriculture intensive de l’enfance et à son élevage en monoculture..

Qu'est-ce que l'infantisme ?

L’infantisme (ou childism en anglais) est un terme popularisé par l’essayiste Elisabeth Young-Bruehl et repris par la pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit. Il désigne l’ensemble des préjugés et des discriminations envers les enfants et les adolescents en raison de leur âge. Cette vision considère les jeunes comme des êtres incomplets, incompétents ou manipulables, simplement parce qu’ils n’ont pas encore atteint l’âge adulte. L’infantisme se manifeste par une dévalorisation systématique de leur parole, notamment sur des sujets sociétaux qui les concernent directement. Contrairement à d’autres formes de discrimination (comme le racisme ou le sexisme), l’infantisme touche tout le monde à un moment donné, mais les adultes s’en distancient en adoptant une posture de supériorité. Selon Laelia Benoit, plus une personne a subi des humiliations dans son enfance, plus elle risque de reproduire ce mépris à l’âge adulte.

L'enfant vu comme un objet

L’infantisme réduit l’enfant à un statut d’objet plutôt que de sujet de droit. Bien que la Déclaration des droits de l’enfant reconnaisse les jeunes comme des individus à part entière, capables de pensée et d’action, la société les traite souvent comme des êtres à façonner ou à corriger. Par exemple, certains adultes, comme la philosophe Bérénice Levet, estiment que la parole des jeunes n’a pas de valeur et qu’il faut les « arracher à eux-mêmes » pour les libérer de leur « maladie qu’est l’enfance ». Cette vision nie leur autonomie et leur capacité à contribuer aux débats publics. Elle s’accompagne souvent de stéréotypes, comme celui de l’enfant « perturbateur » ou « turbulent », qui justifient une approche autoritaire et répressive plutôt qu’une écoute bienveillante.

L'école et l'effacement de l'individu

Dans une logique infantiste, l’école est perçue comme un lieu où l’élève doit s’effacer en tant qu’individu pour se conformer à un modèle unique. La docteure Levet affirme que la vie personnelle des élèves n’a pas sa place en classe, niant ainsi les avancées des neurosciences éducatives. Ces dernières montrent que chaque élève arrive avec un « sac à dos symbolique » rempli d’expériences familiales, sociales et émotionnelles qui influencent son apprentissage. En exigeant que les élèves laissent ce bagage à la porte, le système éducatif infantiste nie leur singularité et uniformise leur traitement, sans tenir compte de leurs besoins individuels. Cela va à l’encontre de l’objectif affiché de former des personnes autonomes et critiques.

Neurosciences contre autoritarisme

L’approche infantiste repose sur des méthodes autoritaires, comme la menace ou la sanction, pour faire taire les revendications des jeunes. Pourtant, les neurosciences éducatives démontrent que l’apprentissage est inefficace en état d’hypervigilance ou de peur. Les enfants apprennent mieux lorsqu’ils sont motivés intrinsèquement, c’est-à-dire par un désir de comprendre et non par la crainte des conséquences. En France, cette posture rigide des adultes se renforce lorsque les jeunes abordent des sujets systémiques ou pointent les failles des institutions. Au lieu d’engager un dialogue, les adultes infantiles préfèrent imposer leur autorité, ce qui étouffe toute velléité de changement ou de créativité.

Conséquences pour la société

L’infantisme a des répercussions majeures sur la société. En niant la parole des jeunes et en les traitant comme des êtres incomplets, les adultes perpétuent un système où les enfants ne sont pas écoutés ni respectés. Cela limite leur capacité à développer un esprit critique et à participer activement à la construction du monde futur. À long terme, cette attitude peut coûter cher aux gouvernements, car elle empêche une réforme éducative audacieuse et une meilleure santé préventive chez les jeunes. Investir dans leur éducation et leur bien-être permettrait de former des adultes plus autonomes, capables de dialoguer et de résoudre des conflits, des compétences souvent absentes chez les générations actuelles.

Ce que ça pourrait changer

Pour sortir de la vision infantiste, il faudrait adopter des systèmes éducatifs qui reconnaissent la singularité de chaque enfant tout en maintenant un cadre structurant. Certains modèles, comme ceux inspirés des neurosciences ou des pédagogies alternatives, montrent qu’il est possible de concilier discipline et autonomie. Par exemple, des pays comme la Finlande ou le Canada privilégient une approche où l’enfant est considéré comme un partenaire dans son apprentissage. Cela implique d’écouter les jeunes, de prendre leurs préoccupations au sérieux et d’investir dans leur éducation et leur santé. Une telle réforme pourrait réduire les coûts sociaux à long terme, en évitant les dépenses liées à la réparation des échecs éducatifs ou sanitaires.

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