L'humanité a-t-elle déjà connu de longues périodes sans guerre?
Contrairement à une idée largement répandue, plusieurs civilisations ont vécu des siècles de paix relative. Tout dépend toutefois de la manière dont on définit la guerre..
L’idée que la guerre est une constante dans l’histoire humaine est largement répandue, surtout lorsque les conflits armés semblent se multiplier à l’échelle mondiale. Pourtant, cette perception dépend fortement de la manière dont on définit le terme guerre. Si l’on considère celle-ci comme un affrontement organisé entre États, alors des périodes de paix prolongées ont effectivement existé. Par exemple, pendant près de 99 % de l’histoire humaine, les sociétés n’avaient pas de gouvernements structurés, ce qui rendait les guerres entre États impossibles. Cependant, cela ne signifie pas que la violence ait disparu : elle a simplement pris d’autres formes, comme des conflits locaux ou des tensions internes. Les preuves archéologiques montrent que les humains se sont affrontés et ont tué leurs semblables bien avant l’apparition des premières civilisations.
Certains historiens estiment que les sociétés préhistoriques, comme les groupes de chasseurs-cueilleurs, connaissaient peu ou pas de guerres organisées. Les preuves archéologiques soutiennent en partie cette hypothèse : avant environ 8000 av. J.-C., les traces de violences collectives à grande échelle sont rares. Cela ne signifie pas pour autant que ces sociétés étaient pacifiques. Des découvertes, comme celles de sites au Kenya ou au Soudan, révèlent des morts violentes remontant à plusieurs milliers d’années. Cependant, ces affrontements restaient limités en taille et en organisation, car les communautés préhistoriques étaient généralement trop petites pour mener des conflits de grande ampleur répondant à la définition d’une guerre organisée (un affrontement impliquant une structure politique et collective).
Avec l’émergence des premières cités, royaumes et empires, la guerre devient un phénomène fréquent et récurrent dans l’histoire écrite. Dans ces contextes, la guerre apparaît souvent comme la norme, tandis que les périodes de paix sont généralement liées à la domination – souvent violente – d’une puissance sur d’autres. Par exemple, l’Égypte et l’Empire hittite ont connu des périodes prolongées sans guerre grâce à des accords diplomatiques et une reconnaissance mutuelle. D’autres exemples incluent la stabilité relative entre Rome et la Perse pendant plusieurs siècles, ou encore les longues périodes de paix en Asie de l’Est entre le XVIIe et le XIXe siècle. Ces cas montrent que la coexistence pacifique entre puissances rivales est possible, bien que souvent temporaire.
L’histoire humaine compte plusieurs exemples de périodes de paix prolongée entre sociétés rivales. En Amérique du Nord, la confédération iroquoise a permis à plusieurs nations de maintenir des relations pacifiques pendant des siècles. En Amérique du Sud, les conflits entre États sont devenus rares depuis le milieu du XXe siècle. Ces exemples illustrent que des équilibres politiques, économiques ou culturels peuvent limiter, voire éviter, les conflits armés sur de longues périodes. Cependant, ces périodes de paix restent souvent éphémères et liées à des contextes spécifiques, comme la domination d’une puissance ou des accords diplomatiques.
La guerre semble être un phénomène récurrent dans l’histoire humaine, proche d’une norme difficile à renverser, même si elle n’est pas pour autant inévitable. Les longues périodes de stabilité montrent que des équilibres politiques, économiques ou culturels peuvent limiter les conflits armés. Cependant, ces périodes de paix restent souvent fragiles et liées à des contextes particuliers. Par exemple, la coexistence pacifique entre Rome et la Perse n’a pas empêché des conflits ultérieurs. Ainsi, bien que la guerre ne soit pas une fatalité, son absence prolongée reste rare et dépend de facteurs complexes, comme la diplomatie, la puissance économique ou la reconnaissance mutuelle entre sociétés.

