De plus en plus de Russes demandent des visas au Canada
La perspective d’une mobilisation militaire et la dégradation du climat politique attisent les appels à l’exil..
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, la situation en Russie s’est fortement dégradée pour de nombreux jeunes. La guerre, couplée à une dégradation du climat politique et économique, pousse une partie de la population à envisager un départ. En 2022, un million de personnes auraient quitté le pays selon la Deutsche Welle, un chiffre contesté par les autorités russes qui évoquent 668 000 départs. Parmi ces départs, certains visent des destinations comme le Canada, où les demandes de visas temporaires ont bondi de 132 % entre 2021 et 2022. Les craintes d’une mobilisation militaire obligatoire et les restrictions accrues à la sortie du territoire alimentent cette tendance. Les pertes humaines russes sur le front ukrainien sont estimées à 700 000 morts et 1,6 million de blessés depuis 2022, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, des chiffres difficiles à vérifier de manière indépendante.
En 2026, les rumeurs d’une nouvelle mobilisation militaire en Russie ont ravivé les craintes d’un enrôlement forcé parmi les jeunes hommes. Cette mobilisation, jamais officiellement abrogée depuis le décret signé par Vladimir Poutine en septembre 2022, pourrait être relancée de manière plus discrète qu’en 2022. Le Kremlin a d’ailleurs augmenté le plafond des effectifs militaires autorisés à 1,55 million, soit une hausse de 15 500 hommes. Les organisations de défense des droits humains signalent des cas de personnes empêchées de quitter la Russie en raison d’un nouveau système d’enregistrement militaire numérique. Ce système, mis en place en août 2026, permet de collecter automatiquement des données sur les citoyens, facilitant ainsi leur traçage et leur mobilisation éventuelle.
Entre janvier et juin 2026, les demandes de visas temporaires (études, travail, séjour) déposées par des Russes au Canada ont déjà atteint 63 % du volume total de l’année 2025, avec 10 625 dossiers traités. En 2025, 16 900 demandes avaient été enregistrées sur l’ensemble de l’année. Les demandes de visas d’étudiants représentent 64 % de cette hausse, suivies par les prolongations de visas (58 %) et les renouvellements de permis de travail pour les Russes déjà installés au Canada (78 %). Ces chiffres illustrent une tendance mondiale, mais le Canada attire particulièrement les candidats plus éduqués ou maîtrisant des langues étrangères, malgré des démarches plus complexes que pour des destinations comme l’Arménie ou la Géorgie, accessibles sans visa.
Des organisations comme Kovcheg (L’Arche), fondée par Anastasia Burakova, accompagnent les Russes souhaitant quitter leur pays. Basée en Géorgie, cette structure offre un soutien juridique et informatif aux candidats à l’exil. Depuis l’été 2026, les demandes de renseignements sur l’émigration ont été multipliées par huit sur leur compte Telegram, et leur service d’urgence à Erevan (Arménie) a enregistré une hausse de 50 % des consultations en personne. Les destinations prioritaires restent celles accessibles sans visa et dotées d’infrastructures d’accueil, comme l’Arménie, la Serbie, l’Argentine ou la Géorgie. Le Canada et l’Union européenne sont aussi envisagés, mais nécessitent une préparation plus longue en raison des exigences administratives.
La Russie traverse une période de restrictions accrues, tant sur le plan politique qu’économique. Les perspectives professionnelles et éducatives se réduisent sous un régime perçu comme de plus en plus autoritaire. Les jeunes Russes craignent également une fermeture totale des frontières pour les hommes en âge de combattre. Les pertes militaires russes, estimées à 43 000 hommes en juillet 2026 selon l’*Institute for the Study of War*, rendent le recrutement difficile malgré les besoins estimés entre 30 000 et 35 000 hommes par mois. Cette situation pousse une partie de la population à chercher des alternatives à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, avec des conséquences visibles sur les flux migratoires internationaux.

