Sur le chantier d’un quartier résidentiel, des archéologues allemands découvrent un squelette d’adolescent vieux de 7 000 ans : ce n’est pas son âge qui intrigue les chercheurs
À Großköllnbach, un squelette d’adolescent aux jambes tordues relance le débat sur les pratiques funéraires d'époque. Geste intentionnel ou glissement dans une fosse en pente, les archéologues ne tranchent pas encore.
En octobre 2026, le service archéologique de Dingolfing-Landau, en Basse-Bavière (Allemagne), a mis au jour un squelette néolithique exceptionnel dans la commune de Großköllnbach. Daté d’environ 5 000 av. J.-C., ce vestige humain vieux de 7 000 ans intrigue les chercheurs non pas par son âge, mais par la posture inhabituelle de l’adolescent. Cette découverte s’ajoute à une série de fouilles récentes dans la région, comme celle d’Eichendorf en 2024, où un autre squelette de 6 800 ans avait été exhumé. Les archéologues soulignent l’importance de cette trouvaille pour comprendre les pratiques funéraires de la culture rubanée, une civilisation majeure du Néolithique en Europe centrale.
La culture rubanée, apparue au VIᵉ millénaire avant notre ère, marque le début de l’agriculture en Europe centrale. Ses communautés cultivaient des céréales comme l’amidonnier et l’engrain, et élevaient des bovins et des porcs. Elles construisaient également de grandes maisons en bois, parfois longues de plus de 30 mètres. Concernant les pratiques funéraires, les archéologues ont observé une norme : les défunts étaient généralement déposés sur le côté, les jambes fléchies contre le torse, une position appelée « en chien de fusil ». Cette posture, retrouvée sur la majorité des sites fouillés entre la Bohême et le bassin rhénan, reflétait des règles strictes liées aux rituels funéraires de l’époque. En Bavière, moins d’une dizaine de sépultures de cette période ont été recensées.
Le squelette découvert à Großköllnbach présente une posture totalement inhabituelle pour la culture rubanée. La jambe droite forme un angle aigu vers le haut, tandis que la gauche s’écarte vers l’extérieur, une disposition qui ne correspond à aucun modèle connu. Sous le corps, le sol était irrégulier et incliné, suggérant que la dépouille a pu glisser après avoir été déposée, entraînant une torsion des os. Florian Eibl, archéologue responsable des fouilles, n’exclut pas cette hypothèse, mais n’écarte pas non plus la possibilité d’un geste délibéré. Les vertèbres cervicales du jeune individu montrent également une déformation prononcée, dont l’origine reste à élucider.
Les analyses des ossements ont révélé que l’individu était un adolescent, comme en témoignent les plaques de croissance non soudées des os. Cependant, son âge exact n’a pas encore été déterminé. La déformation des vertèbres cervicales, visible sur le squelette, constitue un élément clé pour les chercheurs. Ces anomalies pourraient indiquer une pathologie subie de son vivant ou une conséquence de la position post-mortem. Florian Eibl, qui avait également découvert un squelette de 6 800 ans à Eichendorf en 2024, souligne que cette découverte pourrait remettre en question certaines hypothèses sur les pratiques funéraires néolithiques en Bavière.
Cette découverte s’inscrit dans le cadre de fouilles archéologiques menées sur le futur lotissement Steigäcker IV à Großköllnbach. Cinq semaines de recherches ont été nécessaires pour exhumer ce squelette, dont la position atypique a d’abord été repérée grâce à une anomalie de couleur dans le sol. Les archéologues de Dingolfing-Landau, dirigés par Florian Eibl, considèrent que cette trouvaille pourrait réécrire une partie de l’histoire des pratiques funéraires néolithiques en Europe centrale. Les résultats des analyses en cours pourraient apporter des éclairages inédits sur les croyances, les traditions et les conditions de vie des populations de cette époque.

