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Géopolitique

L’ambassade de RDC à Jérusalem, “une carte pour obtenir un partenariat privilégié” avec Israël

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

En annonçant, par la voix du président Félix Tshisekedi en déplacement en Israël, transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, la République démocratique du Congo rompt avec un consensus international. Le quotidien ivoirien “Fraternité Matin” y voit un geste qui relève, pour les deux pays, de la diplomatie autant que du calcul stratégique..

RDC déplace son ambassade

La République démocratique du Congo (RDC) a annoncé le 3 septembre 2026 le transfert de son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Cette décision a été officialisée lors d’une rencontre entre le président congolais Félix Tshisekedi et le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Ce déplacement s’inscrit dans un accord conclu en septembre 2023 à New York, où Tshisekedi avait promis ce transfert en échange de la réouverture d’une ambassade israélienne à Kinshasa, fermée depuis 2003 en raison de l’instabilité politique en RDC. Israël avait alors délocalisé sa représentation diplomatique pour la RDC à l’ambassade d’Israël à Luanda, en Angola. Le calendrier précis de ce transfert n’a pas encore été précisé, mais la RDC franchit ainsi une étape symbolique majeure dans ses relations avec Israël.

Consensus international ignoré

Le déplacement de l’ambassade de la RDC à Jérusalem rompt avec un consensus international. En effet, la quasi-totalité des 87 ambassades en Israël sont situées à Tel-Aviv, conformément à la résolution ES 10/19 de l’ONU adoptée le 21 décembre 2017. Cette résolution stipule que le statut de Jérusalem doit être réglé par des négociations entre les parties, car toute modification unilatérale n’a pas de valeur juridique. Depuis le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem en 2018 sous l’administration Trump, seuls six pays ont suivi cette voie : le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, le Paraguay, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Fidji. En Afrique, seul le Somaliland, territoire autoproclamé reconnu par Israël en décembre 2025, a ouvert une ambassade à Jérusalem en juin 2026. D’autres pays africains, comme le Malawi ou la Guinée équatoriale, avaient annoncé des projets similaires par le passé, mais sans les concrétiser.

Historique des ambassades à Jérusalem

La RDC n’est pas le premier pays africain à avoir eu une ambassade à Jérusalem. Dans les années 1970, sous le nom de Zaïre (ancien nom officiel de la RDC entre 1971 et 1997), la Côte d’Ivoire et le Kenya avaient également leur représentation diplomatique dans cette ville. Toutes ces ambassades ont été fermées après la guerre d’octobre 1973, sous la pression des pays arabes et de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), afin de marquer leur solidarité avec la cause palestinienne. Le transfert actuel de la RDC s’inscrit donc dans une histoire diplomatique complexe, où les alliances et les pressions géopolitiques ont souvent dicté les choix des États.

Enjeux stratégiques pour les deux pays

Pour Israël, ce transfert représente un succès majeur dans sa stratégie d’expansion diplomatique en Afrique. L’objectif est de renforcer ses liens avec des pays africains, notamment pour des raisons sécuritaires, agricoles et technologiques. Pour la RDC, ce partenariat avec Israël pourrait lui apporter un soutien dans des domaines clés comme la sécurité, notamment face aux tensions avec le Rwanda, ainsi que dans les secteurs agricole et technologique. Cependant, cette décision expose la RDC à des risques diplomatiques, notamment en s’écartant du consensus africain et onusien sur la question de Jérusalem. La RDC devra donc naviguer entre ses intérêts stratégiques et les attentes de la communauté internationale.

Ce que ça pourrait changer

Le transfert de l’ambassade de la RDC à Jérusalem suscite des réactions contrastées. D’un côté, il est salué par Israël comme une avancée majeure, tandis que de l’autre, il risque d’isoler la RDC sur la scène internationale. Les promesses non tenues d’autres pays africains, comme le Malawi ou la Guinée équatoriale, montrent que la question de Jérusalem reste sensible et complexe. La RDC devra donc gérer avec prudence les négociations en cours pour l’ouverture d’une ambassade israélienne à Kinshasa, tout en évitant de s’aliéner ses partenaires traditionnels. Les modalités pratiques de ce transfert, ainsi que ses conséquences à long terme, restent à définir.

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