Peut-on limiter El Niño en masquant le Soleil ?
Alors que le phénomène climatique El Niño menace de provoquer un dérèglement climatique inédit, certaines solutions de géo-ingénierie proposent de limiter son impact en cachant la lumière du Soleil. Mais est-ce vraiment envisageable ? Et souhaitable ?.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit généralement tous les 2 à 7 ans dans l'océan Pacifique. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface le long des côtes sud-américaines, ce qui perturbe les courants marins et atmosphériques à l'échelle mondiale. Par exemple, les épisodes de 1997-1998 et de 2015-2016 ont provoqué des sécheresses prolongées en Afrique, des inondations dévastatrices en Amérique du Sud et des perturbations majeures des écosystèmes marins. Ce phénomène est souvent suivi par La Niña, une phase inverse qui refroidit temporairement le Pacifique. Les scientifiques estiment que l'intensité d'El Niño pourrait augmenter avec le réchauffement climatique, aggravant ses conséquences sur les populations et les économies locales.
La géo-ingénierie solaire est une approche controversée visant à modifier artificiellement le climat pour limiter le réchauffement global. L'une de ses méthodes consiste à injecter des aérosols stratosphériques (particules microscopiques) dans l'atmosphère pour réfléchir une partie des rayons du Soleil vers l'espace, réduisant ainsi la quantité d'énergie solaire absorbée par la Terre. Cette technique s'inspire d'effets naturels, comme ceux observés après des éruptions volcaniques majeures, qui libèrent d'importantes quantités de cendres et de soufre dans l'atmosphère, provoquant un refroidissement temporaire. Cependant, son application à grande échelle reste théorique et soulève des questions éthiques et environnementales majeures.
Une étude publiée le 8 juillet 2026 dans la revue Science Advances explore la possibilité de limiter El Niño en masquant localement le Soleil au-dessus du Pacifique Sud, là où le phénomène se développe. Les chercheurs proposent une intervention ciblée et temporaire, au moment où El Niño commence à émerger, en dispersant des aérosols uniquement sur cette zone précise. Selon leurs modèles, cette méthode pourrait atténuer les effets du réchauffement des eaux océaniques, réduisant ainsi l'intensité des sécheresses ou des inondations associées. L'équipe de scientifiques, dirigée par Jessica Wan, souligne que cette approche doit être strictement limitée dans le temps et dans l'espace pour éviter des conséquences imprévisibles à l'échelle planétaire.
Bien que les résultats des modèles soient encourageants, la méthode comporte des risques majeurs. Une intervention mal calibrée pourrait affaiblir ou retarder La Niña, la phase rafraîchissante qui suit généralement El Niño, prolongeant ainsi les perturbations climatiques. Par ailleurs, la dispersion d'aérosols stratosphériques soulève des questions sur ses effets à long terme, comme des modifications imprévues des régimes de pluie ou des températures dans d'autres régions du monde. Les auteurs de l'étude insistent sur la nécessité de limiter cette technique à des zones géographiques précises et à des périodes très courtes, afin de minimiser les risques d'effets collatéraux incontrôlables.
L'idée d'utiliser des aérosols pour influencer le climat n'est pas nouvelle. Dès les années 1990, des scientifiques ont émis l'hypothèse que des injections de soufre dans la stratosphère pourraient refroidir la planète. Un cas concret s'est produit entre 2019 et 2020, lorsque les gigantesques feux de forêt en Australie ont libéré d'énormes quantités de particules dans l'atmosphère, provoquant un refroidissement temporaire des eaux du Pacifique et favorisant l'apparition de *La Niña*. Cette observation a inspiré les chercheurs à tester si une intervention similaire, mais contrôlée, pourrait empêcher l'émergence d'El Niño, comme ceux de 1997-1998 ou de 2015-2016. Cependant, les mécanismes naturels restent complexes et difficiles à reproduire artificiellement.

