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Généraliste

Salvador : des milliers de touristes sous le soleil, des milliers d’innocents à l’ombre

ICI Radio-Canada · mis à jour 4 oct.

Le Salvador attire dorénavant plus de visiteurs que le Costa Rica, grâce à des mesures musclées..

El Zonte, paradis touristique

El Zonte est un petit village côtier du Salvador, autrefois connu pour son surf et ses plages, qui est devenu en quelques années une destination touristique prisée. Le lieu a acquis une réputation internationale grâce à son statut de Bitcoin Beach, où les commerçants acceptent les paiements en cryptomonnaie comme le bitcoin depuis 2021. Avant 2020, le tourisme était quasi inexistant en raison de la présence de maras, des gangs criminels qui terrorisaient la population et décourageaient les visiteurs. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Nayib Bukele en 2019, la sécurité s’est améliorée, attirant des milliers de touristes, dont près de la moitié sont des Salvadoriens de la diaspora revenus visiter leur pays d’origine. Cette affluence a entraîné un boom économique local, avec l’ouverture de restaurants, d’hôtels et d’écoles de surf, transformant radicalement le paysage de ce village autrefois isolé.

Sécurité retrouvée, prix en hausse

L’amélioration de la sécurité au Salvador, obtenue grâce à une répression massive des gangs par le gouvernement de Nayib Bukele, a permis une croissance économique notable, notamment dans le tourisme. En 2025, le pays a accueilli plus de 4 millions de visiteurs, un record. Cependant, cette prospérité a un revers : l’inflation a fortement augmenté, notamment pour les produits de base. Par exemple, le prix des pupusas (une spécialité culinaire salvadorienne) a triplé ou quadruplé, et l’eau embouteillée ou les taxis coûtent désormais bien plus cher qu’avant. Les salaires locaux n’ont pas suivi cette hausse des prix, ce qui rend la vie plus difficile pour les habitants qui ne travaillent pas dans le secteur touristique. Doña Zulma, une commerçante de San Salvador, illustre cette situation : elle a dû réduire la quantité de viande dans ses sandwichs pour maintenir des prix abordables, tandis que ses clients préfèrent désormais acheter des boissons gazeuses ou des chips plutôt que des repas complets.

Régime d'exception controversé

Pour lutter contre les gangs, le président Nayib Bukele a instauré un régime d’exception en 2022, toujours en vigueur en 2026. Ce régime, renouvelé plus de 50 fois par l’Assemblée législative, suspend plusieurs droits fondamentaux comme la transparence ou la possibilité de contester une détention. Plus de 90 000 personnes ont été arrêtées depuis 2022, soit environ 2 % de la population adulte du pays. Parmi elles, près de 70 000 n’ont toujours pas été jugées, et des milliers pourraient être innocentes selon des organisations de défense des droits humains comme MOVIR. Les conditions de détention sont très strictes, notamment dans des prisons comme le Centre de confinement du terrorisme (CECOT) à Tecoluca, présenté comme un modèle de répression. Ce régime permet aux autorités d’agir sans rendre de comptes, ce qui soulève des inquiétudes quant aux violations des droits humains.

Destins brisés par la répression

Le régime d’exception a entraîné des arrestations massives, parfois sans preuves solides. Sandra Velasco, une mère salvadorienne, en est un exemple frappant. Son fils aîné, Jeferson, a été arrêté il y a cinq ans lors d’une opération antigang, alors qu’un juge avait ordonné sa libération. Pourtant, il a été de nouveau arrêté en détention et est désormais emprisonné au CECOT, une prison réservée aux criminels les plus dangereux. Malgré les preuves de son innocence, Sandra n’a aucun moyen d’obtenir sa libération, car l’État ne rend plus de comptes sur les détentions. Désespérée, elle envisage de quitter le Salvador avec sa famille dès que son fils sera libéré, car elle ne se sent plus en sécurité dans un pays où l’arbitraire semble régner. Son histoire illustre les conséquences humaines de cette politique sécuritaire, qui sacrifie parfois des innocents au nom de l’ordre.

Ce que ça pourrait changer

Le Salvador vit une période de transformation radicale depuis 2020. D’un côté, la sécurité s’est considérablement améliorée, permettant un développement économique et touristique sans précédent. De l’autre, ce renouveau s’accompagne de défis majeurs : inflation, précarité pour une grande partie de la population, et un régime d’exception qui limite les libertés individuelles. Environ deux tiers des Salvadoriens vivent encore dans la précarité, et beaucoup dépendent du travail informel pour survivre. Les autorités, comme Doña Zulma ou Sandra Velasco, soulignent que l’amélioration de la sécurité ne suffit pas à résoudre les inégalités sociales. Le pays doit désormais trouver un équilibre entre maintenir l’ordre et garantir les droits fondamentaux, sous peine de voir ses progrès sociaux et économiques compromis par les frustrations d’une population laissée pour compte.

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