La fréquentation d’institutions muséales en baisse de 5%
Est-ce une autre tuile pour la culture au Québec?.
En 2025, les institutions muséales du Québec ont enregistré 11,7 millions de visites, soit une diminution de 5 % par rapport à 2024. Cette baisse survient après trois années de légère progression (2022 à 2024) et contraste avec la période prépandémique. En 2017, les musées québécois attiraient plus de 15 millions de visiteurs. Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de désaffection pour la culture, illustré par une baisse de 20 % des fréquentations des salles de spectacle entre 2018 et 2023. Les lieux d’interprétation en sciences ont particulièrement souffert, avec une chute de 23 % de leur achalandage. Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), souligne que cette baisse est un indicateur à surveiller, mais qu’elle ne reflète pas une perte d’attractivité durable du secteur.
La baisse de fréquentation n’affecte pas uniformément toutes les régions du Québec. Sept régions touristiques, dont les Laurentides et la Gaspésie, ont enregistré une hausse de visiteurs en 2025 par rapport à 2024. Cette progression est attribuée au tourisme intérieur, les Québécois privilégiant les voyages au Québec plutôt qu’à l’étranger, notamment aux États-Unis. À l’inverse, la Mauricie a subi la plus forte baisse régionale avec un recul de 34 %, suivie par la Montérégie (-29 %) et Lanaudière (-23 %). La Cité de l’énergie de Shawinigan, un complexe muséal unique combinant patrimoine industriel et sciences, illustre ces fluctuations : elle a attiré 32 900 visiteurs en 2025 contre 50 000 en 2018. La directrice générale de l’établissement, Sandie Letendre, évoque comme causes le beau temps estival, moins propice aux sorties culturelles, et l’augmentation du coût de la vie.
Les musées québécois sont classés en plusieurs catégories selon leur domaine d’activité. Les lieux d’interprétation en sciences (-23 %) et les musées d’histoire, d’ethnologie et d’archéologie (-11 %) ont connu les plus fortes baisses en 2025. Les musées d’art et centres d’exposition ont enregistré un recul de 7 %, tandis que les musées d’histoire, d’ethnologie et d’archéologie ont bénéficié d’une hausse de 4 %. Les musées de sciences, avec 3,9 millions d’entrées, restent la catégorie la plus fréquentée, représentant 33 % des visites totales. Il est important de distinguer un centre d’interprétation, souvent axé sur des expositions temporaires et interactives, d’un musée, qui possède une collection permanente. La Cité de l’énergie de Shawinigan est un exemple de structure hybride, mêlant patrimoine industriel, sciences et histoire.
Plusieurs facteurs expliquent la baisse de fréquentation des musées en 2025. Le beau temps estival, moins propice aux sorties culturelles, a joué un rôle, notamment pour la Cité de l’énergie de Shawinigan, qui a vu son achalandage chuter de près d’un tiers. Le coût de la vie est également cité comme un frein à la fréquentation des institutions muséales. Stéphane Chagnon, directeur général de la SMQ, rappelle que l’expérience muséale reste une activité en présentiel, difficilement remplaçable par les écrans ou la culture dématérialisée. Malgré cette baisse, il souligne que 2026 pourrait être une année plus favorable, avec l’ouverture de trois nouveaux grands projets : l’aile Riopelle du Musée national des beaux-arts du Québec, le NAT (Musée national de l’histoire du Québec) et la Maison de la chanson et de la musique, sous réserve de sa réalisation. Le Parti Québécois (PQ) a également promis de réintroduire la gratuité universelle dans les musées un dimanche par mois, une mesure abolie en 2025.
La région de Montréal concentre encore la moitié des entrées dans les musées québécois, malgré une légère baisse de 2 % en 2025. Cette centralisation s’explique par la présence de grands établissements culturels, bien que le Musée d’art contemporain de Montréal, fermé depuis le début de la décennie, ne rouvrira qu’en 2028. La fréquentation des musées varie également selon les saisons : quatre fois plus de visiteurs s’y rendent en juillet et août qu’en décembre. Cette saisonnalité reflète une tendance générale où les activités culturelles sont plus populaires en été. Les fluctuations observées en 2025 montrent que le secteur muséal reste sensible à des facteurs externes, comme le climat ou les conditions économiques, tout en conservant une attractivité structurelle pour les Québécois.

