Préservons notre richesse collective!
Québec doit traiter les municipalités comme les gouvernements de proximité que leur reconnaît la loi..
Le Québec fait face à plusieurs crises simultanées qui fragilisent les collectivités locales. Parmi elles, des événements climatiques extrêmes comme les pluies diluviennes de 130 mm tombées en quelques heures à Rivière-Éternité en 2023, ou les 105 mm enregistrés à Rivière-Rouge la même année. Ces épisodes illustrent une tendance plus large : des dysfonctionnements climatiques majeurs s’annoncent pour les décennies à venir. Parallèlement, le Québec subit une crise de l’itinérance, aggravée par un marché immobilier instable et une crise des opioïdes, dont les premiers signes apparaissent progressivement. Les services publics, comme les écoles ou les hôpitaux, sont sous pression en raison d’un manque de personnel et d’infrastructures souvent vétustes ou saturées. L’économie québécoise est également fragilisée par des facteurs externes, comme les décisions économiques du président américain ou des problèmes internes comme la pénurie de main-d’œuvre et une inflation élevée.
Les autrices, Annie-Pier Caron Daviault et Marianne Giguère, ainsi que d’autres élus municipaux, soulignent que l’inaction coûte plus cher que la prévention. Par exemple, loger une personne en situation d’itinérance et lui offrir un soutien psychosocial revient moins cher que de gérer les conséquences de son exclusion sociale une fois qu’elle est à la rue. De même, réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et adapter les milieux de vie aux changements climatiques est moins coûteux que de reconstruire des routes détruites par des inondations ou de déplacer des villages côtiers menacés par la montée des eaux. Pourtant, malgré ces constats, le gouvernement québécois propose régulièrement des compressions budgétaires dans les services publics, ce qui aggrave la situation.
Les municipalités sont en première ligne face aux crises, car elles doivent gérer leurs conséquences au quotidien. Elles sont reconnues par la loi comme des gouvernements de proximité, c’est-à-dire des administrations locales chargées de répondre aux besoins immédiats des citoyens. Cependant, elles manquent souvent des ressources et de l’autonomie nécessaires pour agir efficacement. Les autrices citent l’exemple de la route 170 à Rivière-Éternité, emportée par les eaux en 2023, pour illustrer l’urgence d’agir. Pour remplir leur rôle, les municipalités ont besoin d’une plus grande autonomie décisionnelle et de transferts de ressources de la part du gouvernement du Québec. Leur proximité avec les citoyens leur permet de mieux comprendre les besoins locaux et de réagir rapidement aux changements.
Le système fiscal actuel limite l’autonomie des municipalités. Celles-ci dépendent principalement des taxes foncières, un impôt prélevé sur les propriétés immobilières, pour financer leurs activités. Cette dépendance crée une compétition entre les municipalités, qui sont incitées à attirer de nouveaux résidents et à construire de nouvelles infrastructures pour augmenter leurs revenus. Cette logique favorise un urbanisme fiscal où les villes s’étendent sans cesse, ce qui entraîne plusieurs problèmes. D’abord, cela alourdit les finances municipales, car les nouvelles infrastructures nécessitent des coûts de maintenance élevés. Ensuite, cela fragilise les milieux naturels, essentiels pour la résilience climatique, comme les forêts ou les zones humides. Enfin, cela étale le tissu urbain, augmentant les besoins en transport et rendant les collectivités plus vulnérables aux crises.
Malgré les crises, le Québec dispose d’un filet social solide, qui en fait une des sociétés les plus heureuses, en santé, sécuritaires et égalitaires d’Amérique du Nord et du monde. Ce filet social inclut des services publics comme l’éducation, la santé ou les services sociaux, qui contribuent à la qualité de vie des Québécois. Cependant, les autrices estiment que cette richesse collective est menacée par un manque d’action collective face aux défis actuels. Elles citent l’exemple des inondations de 2023 ou des feux de forêt pour montrer que les crises climatiques et sociales s’aggravent. Pour préserver cette richesse, il est nécessaire d’investir dans les services publics et de donner aux municipalités les moyens d’agir, en respectant leur autonomie et en leur transférant les ressources nécessaires.
Face aux crises qui s’accumulent, les autrices appellent à une nouvelle approche collective. Elles soulignent que le Québec a déjà prouvé sa capacité à construire une société égalitaire et résiliente, mais que cette capacité semble aujourd’hui menacée par le défaitisme et le cynisme. Pour inverser la tendance, elles proposent d’investir dans les services publics et de renforcer l’autonomie des municipalités, en leur donnant les ressources et les compétences nécessaires pour agir. Une *Nouvelle vague municipale* s’est formée pour porter ce message, incluant des élus comme Myriam Claveau (Saint-Félix-d’Otis), Catherine Deschamps (Québec), Fernanda Luz (Sherbrooke) ou Caroline Murray (Gatineau). Leur objectif est de faire entendre leur voix et de convaincre le gouvernement du Québec d’agir avant que la situation ne se détériore davantage.

