Canicules, mégafeux
15,1 millions de Français·es ont présenté cet été des symptômes de détresse mentale face aux enjeux environnementaux, soit 20% de plus qu’en 2024, selon une nouvelle enquête de l’Observatoire de l’éco-anxiété..
Cet été 2026, 15,1 millions de Français·es, soit près d’un·e adulte sur trois âgé·e de 15 à 64 ans, ont ressenti des symptômes d’éco-anxiété. Ce chiffre représente une hausse de 20 % par rapport à 2024, selon une enquête de l’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca), menée en partenariat avec l’Agence de la transition écologique (Ademe). L’éco-anxiété désigne une détresse psychologique liée à la prise de conscience des crises environnementales, pouvant se manifester par de l’inquiétude, des troubles du sommeil, un sentiment d’impuissance ou une difficulté à vivre sereinement. L’étude a utilisé l’échelle d’éco-anxiété de Hogg, un outil validé pour mesurer l’intensité des symptômes chez les participant·es. Les données ont été collectées du 17 au 24 juillet 2026, pendant une vague de chaleur intense.
Parmi les 15,1 millions de personnes concernées, la majorité présente une éco-anxiété moyenne ou forte, avec une augmentation de 2,6 millions de cas par rapport à 2024. Le nombre de personnes très fortement éco-anxieuses est resté stable, suggérant une forme d’éco-anxiété structurelle dans la population. À l’inverse, la part des personnes peu ou très peu anxieuses a diminué, passant de 70 % en 2024 à 64 % cet été. Les 15-24 ans sont le groupe le plus touché, avec une prévalence significativement plus élevée que les 35-64 ans. Les principales sources d’inquiétude sont les incendies (47 %), les canicules (44 %) et l’extinction des espèces (41 %). Le psychologue Pierre-Éric Sutter, co-auteur de l’étude, souligne que plus une personne s’intéresse à l’environnement, plus elle risque de développer une éco-anxiété.
L’étude estime que 420 000 personnes présentent un risque psychopathologique, c’est-à-dire un risque accru de basculer vers une dépression ou un trouble anxieux. Ce chiffre reste alarmant selon les auteurs, bien qu’il n’ait pas augmenté sous l’effet des catastrophes de l’été. Cependant, Pierre-Éric Sutter met en garde contre une peur maladive qui pourrait paralyser les individus et les empêcher d’agir. Pour contrer ce phénomène, il recommande de passer à l’action, une stratégie qui permet de transformer l’angoisse en engagement concret. L’éco-anxiété n’est donc pas seulement un problème de santé mentale, mais aussi un signal d’alerte face à l’urgence écologique.
Pierre-Éric Sutter explique que l’éco-anxiété reflète une bascule dans la perception des Français·es : le réchauffement climatique n’est plus perçu comme un phénomène lointain ou théorique, mais comme une réalité tangible et immédiate. Les vagues de chaleur, les mégafeux et la sécheresse extrême de l’été 2026 ont rendu les enjeux environnementaux concrets pour la population. Cette prise de conscience collective explique pourquoi l’éco-anxiété touche désormais des personnes de tous âges, genres, territoires et catégories socio-professionnelles, sans distinction majeure. L’étude souligne que l’éco-anxiété n’est pas réservée aux militant·es écologistes, mais concerne l’ensemble de la société.
Face à l’éco-anxiété, les experts recommandent de transformer l’angoisse en action pour éviter de sombrer dans une peur paralysante. Pierre-Éric Sutter insiste sur l’importance d’agir à son échelle, que ce soit en adoptant des gestes éco-responsables, en participant à des collectifs locaux ou en s’engageant dans des mouvements citoyens. L’objectif n’est pas de nier la gravité de la situation, mais de canaliser l’énergie négative vers des solutions constructives. L’étude rappelle que l’éco-anxiété peut aussi être un moteur pour repenser son mode de vie et contribuer à des changements plus larges, tant individuels que collectifs.
L’étude a été réalisée par l’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca), un organisme spécialisé dans l’analyse des impacts psychologiques des crises environnementales, en collaboration avec l’Ademe (Agence de la transition écologique). Les résultats ont été publiés le 4 septembre 2026, après une collecte de données en juillet 2026. L’article est signé par Zoé Moreau, journaliste spécialisée en santé-environnement pour le média indépendant *Vert*, qui finance ses enquêtes par des dons de lectrices et lecteurs. Le média met en avant son indépendance et son accès libre, soulignant l’importance de sensibiliser le public aux enjeux écologiques au-delà des périodes de crise.

