Dans cette ville norvégienne de l'Arctique, le réchauffement climatique empoisonne l'eau du robinet
Les habitants de Longyearbyen, au nord de la Norvège, ne peuvent plus consommer l'eau du robinet. Le dégel du pergélisol libère des métaux lourds, ce qui compromet la qualité de l'eau..
Longyearbyen est la capitale administrative de l'archipel du Svalbard, situé dans l'océan Arctique à près de 1 300 kilomètres du pôle Nord. Cette ville norvégienne compte environ 2 600 habitants. Elle est particulièrement vulnérable au réchauffement climatique, qui y est sept fois plus rapide que la moyenne mondiale. Les températures automnales y augmentent de 4°C par décennie, selon les données du Guardian. Cette situation exceptionnelle a des conséquences directes sur l'approvisionnement en eau potable de la ville.
Longyearbyen puise son eau potable dans le barrage d'Isdammen, un lac artificiel de 2,5 kilomètres de long. Avec la hausse des températures, le pergélisol (sol gelé en permanence) fond de plus en plus vite. Ce dégel a révélé des roches riches en minéraux, dont la pyrite, un sulfure de fer. L'eau du barrage entre en contact avec ces roches et l'oxygène, ce qui déclenche une réaction chimique : la pyrite s'oxyde et produit de l'acidité. Cette acidité libère ensuite des métaux lourds, comme le manganèse, présents dans les roches, contaminant ainsi l'eau du robinet.
Les métaux lourds sont des éléments chimiques denses et toxiques pour les organismes vivants, même en petites quantités. Dans l'eau de Longyearbyen, la concentration en manganèse a atteint 25 fois la limite recommandée par l'Institut norvégien de santé publique, soit plus de 1 250 microgrammes par litre au lieu des 50 microgrammes autorisés. Une exposition prolongée à de fortes doses de manganèse peut causer des troubles neurologiques, notamment chez les enfants et les nourrissons, comme des difficultés d'apprentissage ou des problèmes de motricité.
Dès septembre 2026, la municipalité de Longyearbyen a interdit la consommation de l'eau du robinet et mis en place des mesures d'urgence. Un réservoir central d'eau purifiée a été installé dans un supermarché local, où les habitants peuvent remplir gratuitement leurs récipients. Le maire a également demandé une enquête sur la qualité de l'eau et envisagé des solutions coûteuses, comme la construction d'un nouveau réseau d'adduction d'eau ou l'installation d'un système de filtration au niveau du barrage. Une usine de dessalement est aussi à l'étude, mais ces projets restent complexes en raison des températures souvent inférieures à zéro.
Marjolaine Verret, professeure en géologie arctique à l'université du Svalbard, souligne que le cas de Longyearbyen pourrait servir d'exemple pour d'autres régions de l'Arctique. Des sols riches en pyrite et en métaux lourds, combinés au dégel du pergélisol, existent dans d'autres zones comme le nord du Canada ou l'Alaska. Cette situation illustre un des impacts concrets du changement climatique sur les ressources en eau douce, un enjeu qui pourrait se généraliser avec la poursuite du réchauffement.

