« Ils disent qu'on met la forêt en danger alors qu'ils vont la couper » : la zad contre la LGV Bordeaux-Toulouse expulsée
Pour empêcher les premiers travaux de la LGV Bordeaux-Toulouse, des opposants avaient installé une zad dans un bois privé. Leur campement a été démonté par la gendarmerie.
Un conflit oppose des militants écologistes à l'État français concernant la construction d'une ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Toulouse. Les opposants, regroupés sur une zone à défendre (ZAD) près de Saint-Denis-de-Pile en Gironde, dénoncent un projet qu'ils jugent destructeur pour l'environnement. Ils affirment que les promoteurs du projet mettent en avant des arguments écologiques pour justifier la construction, alors qu'ils prévoient de couper des forêts et des terres agricoles. La LGV, un train circulant à plus de 250 km/h, est présentée par ses défenseurs comme un moyen de désenclaver la région et de réduire les émissions de CO₂ liées au transport, mais les opposants remettent en cause ces bénéfices.
Le 12 octobre 2023, les forces de l'ordre ont procédé à l'expulsion de la ZAD installée depuis plusieurs années sur le tracé prévu pour la LGV. Cette opération s'inscrit dans le cadre d'un projet lancé en 2017 par l'État et la région Nouvelle-Aquitaine, avec un budget initial de 10,5 milliards d'euros. Les militants, qui occupaient des terres pour empêcher leur destruction, ont été évacués par les gendarmes mobiles. L'État justifie cette expulsion par la nécessité de respecter les délais du projet et de garantir la sécurité des travaux. Les opposants dénoncent une répression violente et une atteinte à la liberté d'expression.
Les militants écologistes s'appuient sur des études locales pour affirmer que la LGV menace des écosystèmes fragiles. Ils citent notamment la destruction de 25 hectares de forêt et de zones humides, ainsi que la fragmentation d'habitats naturels pour la faune. Selon eux, le projet va aggraver la crise climatique en favorisant l'étalement urbain et en encourageant l'usage de la voiture plutôt que du train. Ils soulignent que la LGV, contrairement aux trains classiques, ne dessert pas les petites gares, limitant son accessibilité. Leur slogan résume leur position : « Ils disent qu'on met la forêt en danger alors qu'ils vont la couper. »
Les autorités et les promoteurs du projet, comme la société Lisea (maître d'ouvrage de la LGV) et la région Nouvelle-Aquitaine, défendent le projet en mettant en avant ses bénéfices économiques et écologiques. Ils affirment que la LGV permettra de réduire les émissions de CO₂ de 300 000 tonnes par an en reportant des voyageurs de la route vers le rail. Ils soulignent également que des mesures compensatoires sont prévues, comme la création de 100 hectares de nouvelles forêts. Pour eux, le projet s'inscrit dans une logique de transition écologique et de modernisation des infrastructures de transport.
Le conflit s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre l'État et les mouvements écologistes en France. Depuis 2018, des ZAD ont émergé contre divers projets d'infrastructures, comme à Notre-Dame-des-Landes ou à Bure. Les opposants à la LGV Bordeaux-Toulouse bénéficient du soutien de plusieurs associations environnementales, comme *Les Amis de la Terre* ou *Greenpeace France*, qui dénoncent un manque de concertation avec les citoyens. Politiquement, le projet divise : la région Nouvelle-Aquitaine, dirigée par la droite, le soutient, tandis que des élus écologistes et de gauche y sont opposés. La justice a déjà donné raison aux promoteurs du projet dans plusieurs recours.

