Un projet informatique en santé de 96 millions $ réévalué à un milliard
Le gouvernement Fréchette a ignoré des mises en garde de fonctionnaires et de firmes d’experts-comptables..
Le projet SIFA (Système d’information des finances et de l’approvisionnement) est un outil informatique destiné à moderniser la gestion administrative du réseau de la santé au Québec. Initialement prévu avec un budget de 96 millions de dollars en 2022, son coût réel est désormais estimé à un milliard de dollars par des experts du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, ainsi que par les firmes KPMG et MNP. Ce projet vise à remplacer 41 solutions informatiques désuètes utilisées par les établissements de santé. La firme LGS, filiale d’IBM Canada, a remporté le contrat malgré son implication dans le fiasco de SAAQclic, un autre projet informatique controversé au Québec. Le gouvernement de Christine Fréchette a ignoré les avertissements des fonctionnaires et relancé le projet en juillet 2026, malgré des coûts déjà multipliés par dix.
En juin 2026, un rapport confidentiel du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, ainsi que des firmes KPMG et MNP, a identifié des failles sévères dans le projet SIFA. Ces failles incluent des surcoûts potentiels, des retards importants et des risques de dérives contractuelles. Le 10 juillet 2026, Stéphane Le Bouyonnec, sous-ministre à la Cybersécurité et dirigeant principal de l’information, a recommandé de ne pas relancer le projet en raison de son état critique. Pourtant, le Conseil des ministres a donné son feu vert le 15 juillet 2026, réinjectant 329 millions de dollars supplémentaires. Ce montant a été sous-estimé, car le coût réel pour 2026 s’élève déjà à 464,8 millions de dollars. Le rapport prévoit même une explosion des coûts à 1,066 milliard de dollars à terme.
Le gouvernement a justifié la relance de SIFA par des économies potentielles de 1,1 milliard de dollars, estimées par Santé Québec. Cependant, les experts du ministère et des firmes KPMG et MNP ont conclu que ces bénéfices étaient surévalués et mal étayés. La méthode de calcul de Santé Québec n’a pas été jugée rigoureuse, et les économies liées à l’élimination des solutions actuelles ne sont pas crédibles. De plus, le nouvel échéancier de 2032 force le maintien de systèmes désuètes jusqu’en 2030, ce qui entraînera des coûts supplémentaires pour prolonger ou renégocier des licences. En 2025, l’ex-ministre de la Santé Christian Dubé avait pourtant souligné l’urgence d’implanter SIFA avant 2030 pour éviter une hausse des dépenses.
Plusieurs acteurs sont impliqués dans ce projet. Le gouvernement de Christine Fréchette, dirigé par la première ministre, a pris la décision de relancer SIFA malgré les mises en garde. France-Élaine Duranceau, présidente du Conseil du trésor et ministre de la Cybersécurité et du Numérique, a assuré avoir informé ses collègues des risques budgétaires. Santé Québec, société d’État responsable du projet, défend sa position en affirmant que les estimations sont rigoureuses et que le statu quo coûte plus cher. La firme LGS, filiale d’IBM Canada, est le prestataire principal, tandis que les firmes KPMG et MNP ont réalisé des analyses indépendantes. Stéphane Le Bouyonnec, sous-ministre à la Cybersécurité, a joué un rôle clé en alertant sur les dangers du projet.
Le projet SIFA est souvent comparé au fiasco SAAQclic, un autre projet informatique controversé au Québec qui a fait l’objet d’une enquête publique, la Commission Gallant. Les deux projets partagent des problèmes similaires : des coûts sous-estimés, des bénéfices surévalués, des retards et des failles de gestion. Un audit gouvernemental en 2025 avait déjà révélé des erreurs et irrégularités dans l’appel d’offres de SIFA et dans sa gestion initiale. Alejandro Romero-Torres, professeur à l’UQAM spécialisé en gestion de projets publics, souligne que ces erreurs se répètent malgré les leçons tirées de SAAQclic. La Commission Gallant avait recommandé une meilleure évaluation des risques et une gestion plus rigoureuse des projets informatiques.
Un argument avancé pour poursuivre SIFA est la pénalité de 175 millions de dollars que le gouvernement devrait payer à la firme LGS en cas d’abandon du projet. Cependant, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique estime que cette pénalité serait en réalité de seulement 15 millions de dollars. Le gouvernement a également imposé une nouvelle autorisation du Conseil des ministres d’ici le 30 janvier 2027 pour poursuivre le projet. À cette date, Santé Québec devra présenter une projection claire des coûts et des échéanciers. En attendant, le déploiement progressif de SIFA est prévu entre 2030 et 2032, ce qui prolongera l’utilisation de systèmes désuets et entraînera des coûts supplémentaires pour maintenir ces licences.

