NapseflowNapseflow
Géopolitique

Un homme politique turc embauche des figurants pour l’applaudir

Courrier International · mis à jour il y a 10 j

Désavoué par une majorité des militants pour sa collaboration avec le pouvoir turc, Kemal Kiliçdaroglu, ancien candidat de l’opposition à la présidentielle, a dû recourir à des agences de casting pour remplir la salle de son meeting, révèle le quotidien de gauche “Birgün”..

Contexte politique

En Turquie, le principal parti d’opposition, le CHP (Parti républicain du peuple), est dirigé depuis mai 2026 par Kemal Kiliçdaroglu, un homme politique qui a tenté sans succès de battre le président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan lors d’une élection précédente. Le 25 juillet 2026, Kiliçdaroglu organise à Istanbul une cérémonie pour accueillir de nouveaux membres du CHP. Cet événement survient alors que le parti est divisé : une majorité de ses membres, menés par des frondeurs, a décidé de quitter le CHP pour fonder un nouveau parti, le Yeni Parti (Nouveau Parti), qui risque de lui retirer une grande partie de ses électeurs et de ses élus. Cette scission illustre les tensions internes au CHP et la stratégie du pouvoir turc, dirigé par Erdogan, qui cherche à affaiblir l’opposition en la contrôlant, comme le fait Vladimir Poutine en Russie avec les partis d’opposition.

Scandale des figurants

Lors de la cérémonie du 25 juillet 2026, une partie des participants présentés comme de nouveaux adhérents du CHP étaient en réalité des figurants recrutés par des agences de casting. Une journaliste, Ebru Çelik, infiltrée parmi eux, a révélé que ces figurants avaient été payés 950 livres turques (soit 18 euros) pour participer à l’événement. Une centaine de personnes, transportées en 20 bus, avaient pour consigne d’applaudir et de scander des slogans en faveur de Kiliçdaroglu. Parmi eux figuraient des retraités, des chômeurs, des migrants ouzbeks, égyptiens et iraniens, ainsi que des opposants au CHP. Certains ont même admis avoir accepté cet argent tout en soutenant d’autres figures politiques, comme Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et opposant à Erdogan, emprisonné depuis mars 2025. Cette pratique, qui vise à donner l’illusion d’un soutien populaire, a choqué et amusé l’opposition turque.

Ce que ça pourrait changer

Le scandale a suscité des réactions mitigées en Turquie. L’opposition, notamment le quotidien de gauche *Birgün*, a dénoncé une tentative de manipulation de l’opinion publique, tandis que certains y ont vu une preuve de la faiblesse du CHP sous la direction de Kiliçdaroglu. Cet événement s’inscrit dans un contexte plus large où le pouvoir turc, dirigé par Erdogan, cherche à contrôler l’opposition en la divisant ou en la discréditant. Le CHP, traditionnellement kémaliste (du nom de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne), est ainsi fragilisé par des divisions internes et des accusations de collaboration avec le pouvoir. La cérémonie du 25 juillet illustre les méthodes utilisées pour maintenir une apparence de légitimité démocratique dans un système politique de plus en plus autoritaire.

Sujets complémentaires