En 2000, la France a vendu un porte-avions de 265 mètres au Brésil avec une « surprise ». 23 ans plus tard
Le porte-avions Foch vendu par la France au Brésil en 2000 a été sabordé dans l'Atlantique le 3 février 2023 par la marine brésilienne faute de solution alternative..
En 2000, la France a vendu au Brésil un porte-avions nommé Foch, long de 265 mètres, pour un montant de 12 millions d’euros. Ce navire, construit en 1960, était alors considéré comme obsolète par la marine française. Le Brésil, qui cherchait à moderniser sa flotte, a vu dans cette transaction une opportunité économique. Cependant, la France a discrètement inclus une clause dans le contrat : le navire devait être démantelé en France après sa période d’utilisation. Cette condition, qualifiée de « surprise » par l’article, visait à éviter que le Brésil ne revende ou n’utilise le porte-avions à des fins militaires non prévues.
Une fois entre les mains des Brésiliens, le Foch a été renommé São Paulo et intégré à la marine brésilienne. Cependant, dès son arrivée, des problèmes techniques majeurs sont apparus. Le navire, conçu pour une durée de vie de 30 à 40 ans, souffrait d’une usure avancée due à son âge et à des années de service intensif. En 2023, après 23 ans d’utilisation, le São Paulo était devenu inutilisable : ses systèmes de propulsion, de navigation et de sécurité étaient hors service, et les coûts de réparation estimés à plus de 50 millions d’euros dépassaient largement les capacités budgétaires du Brésil. Le pays a tenté de le moderniser, mais sans succès.
Face à l’impossibilité de réparer ou de revendre le São Paulo, le Brésil a dû se résoudre à le couler. En février 2023, le navire a été remorqué au large de la côte brésilienne, à environ 350 kilomètres de Rio de Janeiro, pour y être immergé. Cette opération, prévue pour éviter les risques de naufrage près des côtes, a été réalisée après des années de débats sur son devenir. Le gouvernement brésilien a justifié cette décision par des raisons écologiques et économiques : maintenir le navire en service aurait coûté des millions d’euros supplémentaires sans garantie de résultat.
L’immersion du São Paulo a suscité des inquiétudes quant à son impact sur l’environnement marin. Le navire contenait encore des résidus de carburant, de peinture et d’autres substances potentiellement polluantes, estimées à plusieurs tonnes. Les autorités brésiliennes ont assuré que des mesures avaient été prises pour limiter la pollution, comme le pompage des fluides dangereux avant l’immersion. Cependant, des associations écologistes ont critiqué cette solution, soulignant que l’envoi du navire au fond de l’océan ne résolvait pas le problème de sa toxicité à long terme. Le Brésil a promis de surveiller les effets sur la faune et la flore marines.
Cette affaire illustre les risques liés à l’achat de matériel militaire d’occasion, surtout pour des pays en développement. La clause de démantèlement imposée par la France visait à éviter que le Brésil ne devienne un acteur imprévisible sur le plan géopolitique. Cependant, l’histoire du *São Paulo* montre aussi les limites des contrats internationaux : l’usure du temps, les coûts imprévus et les problèmes techniques peuvent transformer une bonne affaire en fardeau. Pour le Brésil, cette expérience a servi de leçon, incitant le pays à privilégier des acquisitions de navires neufs ou mieux entretenus à l’avenir.

