Au Mali, une campagne pour l’excision suscite un débat national
Cet été, le Mali a connu une campagne virale sur les réseaux sociaux en faveur des mutilations génitales féminines, toujours légales dans ce pays. Présentant cette pratique comme une protection pour les filles, cette campagne a révélé le vide juridique qui subsiste sur cette question, analyse “ISS Africa”..
En août 2026, une campagne de promotion des mutilations génitales féminines (MGF) a émergé sur les réseaux sociaux au Mali. Des comptes anonymes ont diffusé des visuels présentant cette pratique comme une protection pour les filles, avec le slogan "Au Mali, oui à l’excision! Protégeons les filles, construisons leur avenir.". Ces affiches utilisaient des couleurs nationales et des images de Maliens souriants ou levant le pouce. L’objectif était de normaliser l’excision en la présentant comme une tradition à préserver. Cette campagne a révélé l’absence de loi claire au Mali sur ce sujet, malgré les risques sanitaires et les débats sociétaux qu’elle engendre.
Les mutilations génitales féminines (MGF) sont des pratiques qui consistent en l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes des filles, souvent sans anesthésie. Elles sont courantes au Mali, où 89 % des femmes âgées de 15 à 49 ans en ont été victimes, selon une enquête de 2023. Les conséquences immédiates incluent des saignements abondants, des infections, un choc émotionnel et une douleur intense. À long terme, les femmes excisées peuvent souffrir de douleurs chroniques, de complications urinaires et menstruelles, de risques accrus lors des accouchements et de traumatismes psychologiques durables. Selon une étude, les MGF causent environ 44 000 décès par an dans quinze pays africains, dont le Mali. Chez les filles de moins de 14 ans, la prévalence de l’excision est passée de 74 % en 2018 à 70 % aujourd’hui, montrant un recul lent mais réel.
Depuis l’indépendance du Mali en 1960, des militantes comme Aoua Keïta, sage-femme et députée, ont œuvré pour les droits des femmes. Elles ont obtenu des avancées comme l’interdiction du mariage forcé et l’instauration d’un âge minimum pour se marier dans le Code du mariage de 1962. Cependant, elles n’ont pas réussi à faire interdire l’excision ou la polygamie. Deux projets de loi ultérieurs, en 2009 et 2019, ont échoué face à des forces conservatrices. Le Code pénal malien de 2024 réprime les violences en général, mais ne mentionne pas explicitement les MGF, laissant un vide juridique exploité par les partisans de cette pratique.
Les partisans de l’excision au Mali avancent deux arguments principaux : la tradition et la religion. Ils considèrent cette pratique comme une obligation religieuse ou une norme sociale à préserver, malgré les risques sanitaires. Dans certaines régions du sud et du centre du Mali, la capacité à endurer la douleur de l’excision est même perçue comme un motif de fierté. À l’inverse, une femme non excisée est souvent stigmatisée et suspectée de mauvaise moralité. Certains partisans vont jusqu’à présenter l’opposition aux MGF comme une idée importée de l’étranger, une vision qui efface l’histoire malienne de lutte contre cette pratique et qui réduit les droits des femmes à un concept étranger.
Les partisans de l’excision utilisent aussi l’argument de la souveraineté nationale pour justifier leur position. Ils présentent l’opposition aux MGF comme une imposition étrangère, tout en contrôlant le corps des femmes et en mutilant des fillettes trop jeunes pour consentir. Cette logique, selon l’article, substitue une domination à une autre : elle prive les femmes de toute souveraineté sur leur propre corps au nom d’une résistance imaginaire à l’impérialisme. Les instigateurs de la campagne pro-excision restent difficiles à identifier, mais des comptes anonymes ont utilisé des images générées par intelligence artificielle pour donner l’impression d’un mouvement de masse. Certains hommes figurant sur ces visuels ont ensuite dénoncé l’utilisation non autorisée de leur image.
La campagne pro-excision a suscité une forte mobilisation au Mali et à l’étranger. Des organisations de défense des droits des femmes, des professionnels de santé et des voix publiques ont contesté l’idée que soutenir les MGF reviendrait à soutenir les valeurs maliennes. Le 26 août 2026, la Commission nationale des droits de l’homme du Mali a appelé les autorités à interdire les MGF par la loi. D’autres pays africains, comme le Burkina Faso, le Sénégal, la Guinée, le Niger, l’Égypte et le Soudan, ont déjà légiféré contre cette pratique. Ces interdictions n’ont pas mis fin aux MGF, mais elles ont accru les risques pour les auteurs et donné une base juridique aux défenseurs des droits des femmes.
La campagne pro-excision s’inscrit dans un contexte plus large de *refondation* du Mali, un processus visant à redéfinir les normes et les valeurs de la société malienne. Les femmes maliennes refusent de voir un contrat social qui creuse les inégalités de genre être adopté sans combat. La mobilisation contre les MGF montre que les droits des femmes restent un enjeu central dans les débats nationaux. L’article souligne que l’absence de loi claire sur les MGF au Mali permet à des pratiques dangereuses de persister, malgré les efforts des militantes et les risques sanitaires avérés. La question de l’excision illustre ainsi les tensions entre tradition, religion, souveraineté et droits humains dans le pays.

