Textiles of Truth : Law, Language
Congrès organisé par l'Equipe DEMOGUE, CRDP, Université de Lille.Lire la suite....
Dans un contexte marqué par la dégradation environnementale, le changement climatique et l’hyperconsommation, le langage juridique doit s’adapter pour répondre à de nouveaux défis éthiques, écologiques et culturels. Ce colloque explore comment le droit, la linguistique et la sémiotique (l’étude des signes et de leur signification) interagissent pour façonner les discours contemporains sur la justice environnementale et la responsabilité des consommateurs. L’accent est mis sur la manière dont le changement climatique influence l’imaginaire juridique, notamment en exigeant la protection des animaux, la préservation de la biodiversité et une refonte des obligations légales face à l’effondrement écologique. Les industries de la mode et du textile sont analysées comme des terrains privilégiés pour étudier ces dynamiques, notamment à travers des pratiques comme la fast fashion (mode rapide et peu chère), l’upfashion (mode durable et éthique) ou le recyclage créatif (upcycling), qui deviennent des actes de résistance à la fois esthétiques, juridiques et communicationnels.
La sémiotique juridique étudie comment les signes, les symboles et les discours légaux façonnent notre compréhension des enjeux environnementaux. Par exemple, les éco-labels (étiquettes indiquant le caractère écologique d’un produit) ou les décisions de justice ne sont pas neutres : ils transmettent des messages politiques, culturels et éthiques. Ce colloque interroge comment ces outils de communication influencent les comportements des consommateurs et les politiques publiques. Il aborde aussi la notion de greenwashing (écoblanchiment), une pratique où les entreprises exagèrent ou falsifient leurs engagements écologiques pour tromper les consommateurs. En Europe, la réglementation tente de lutter contre ces abus, mais leur interprétation reste complexe, notamment en raison des différences culturelles et linguistiques entre les pays.
La fast fashion (mode rapide) désigne un modèle économique où les vêtements sont produits en masse, à bas coût et avec une durée de vie très courte, ce qui génère une pollution massive (10 % des émissions mondiales de CO₂ selon l’ONU). Ce colloque examine comment ce secteur illustre les tensions entre consommation, droit et durabilité. Par exemple, des cas comme celui de Shein (plateforme chinoise de vente en ligne) soulèvent des questions sur les pratiques de travail, l’impact environnemental et la responsabilité juridique des marques. Des alternatives comme l’upcycling (transformation de déchets en nouveaux produits) ou la mode circulaire (réutilisation des matériaux) sont présentées comme des réponses créatives, mais leur cadre légal reste flou, notamment en matière de propriété intellectuelle.
Le greenwashing est un enjeu majeur pour les consommateurs et les régulateurs. En Israël, l’Environmental Justice Clinic de l’Université de Haïfa mène des actions en justice pour tenir les entreprises responsables de leurs allégations écologiques trompeuses. En Europe, des projets comme le Digital Product Passport (passeport numérique de produit) visent à tracer l’origine et l’impact environnemental des vêtements, mais leur mise en œuvre reste complexe. Par exemple, en 2025, l’Union européenne a renforcé ses règles contre le greenwashing, mais les entreprises contournent souvent ces normes en utilisant des formulations ambiguës dans leurs communications.
Les algorithmes jouent un rôle croissant dans la manière dont les consommateurs perçoivent les produits et leur impact environnemental. Par exemple, les plateformes de vente en ligne utilisent des outils d’intelligence artificielle pour personnaliser les recommandations, mais ces systèmes peuvent renforcer les biais de consommation ou masquer des pratiques non durables. En Norvège, des chercheurs étudient comment ces algorithmes transforment la confiance des consommateurs dans les systèmes de gouvernance environnementale. Par ailleurs, des outils comme les Digital Product Passports (passeports numériques de produit) pourraient permettre de suivre le cycle de vie des vêtements, mais leur adoption reste limitée en raison de coûts élevés et de résistances industrielles.
La mode circulaire, qui vise à réduire les déchets en réutilisant ou recyclant les matériaux, pose des défis juridiques, notamment en matière de propriété intellectuelle. Par exemple, si une marque utilise des éléments d’une autre marque pour créer un produit upcyclé, cela peut violer les droits de propriété intellectuelle. En Inde, des chercheurs explorent comment adapter le droit des marques pour encourager l’innovation durable sans nuire à la créativité. En Hongrie, des études analysent comment les entreprises utilisent les éco-labels pour se présenter comme durables, alors que leurs pratiques réelles restent controversées.
Les symboles juridiques, comme la robe des juges, ne sont pas de simples accessoires : ils incarnent l’autorité et la légitimité du système judiciaire. En Slovénie, des chercheurs étudient comment ces symboles évoluent pour refléter les valeurs contemporaines, notamment en matière d’écologie. Au Vietnam, des travaux analysent comment les vêtements traditionnels ou modernes sont utilisés pour revendiquer une identité postcoloniale face aux normes juridiques héritées de l’époque coloniale. Ces réflexions soulignent que le droit n’est pas seulement un ensemble de règles, mais aussi un langage visuel et culturel.
Les normes *ESG* (*Environnementales, Sociales et de Gouvernance*) sont de plus en plus utilisées par les entreprises pour communiquer sur leur engagement en faveur du développement durable. Cependant, ces rapports sont souvent critiqués pour leur manque de transparence ou leur tendance au *greenwashing*. En Roumanie, des chercheurs examinent comment le droit européen tente de réguler ces pratiques, notamment en imposant des obligations de reporting plus strictes. Par exemple, depuis 2024, les grandes entreprises européennes doivent publier des rapports sur leur impact environnemental, mais l’interprétation de ces données reste subjective et sujette à manipulation.

