Les prix de l’essence repartent à la hausse pour les vacances
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont propulsé le prix du pétrole à son plus haut niveau en un mois..
Au Québec, comme dans le reste du Canada, le prix de l’essence a fortement augmenté ces dernières semaines, en pleine période des vacances de la construction. Selon les données de Radio-Canada, le prix moyen à la pompe au Québec a atteint 189,2 ¢/L (centimes par litre) jeudi après-midi, soit une hausse de 7 cents par rapport à la semaine précédente et de 16 cents par rapport au mois dernier. Cette augmentation s’explique principalement par la flambée du prix du pétrole brut sur les marchés internationaux. Dans certaines régions du Québec, comme le Nord-du-Québec, l’Abitibi-Témiscamingue ou Montréal, le prix de l’essence dépasse même les 2 $/L. À l’inverse, les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de l’Outaouais affichent des prix plus bas. Ces différences s’expliquent par des facteurs locaux comme la distance des raffineries ou la concurrence entre stations-service.
La hausse des prix de l’essence est directement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Plusieurs conflits en cours perturbent l’approvisionnement en pétrole : les attaques en mer Rouge, menées par les rebelles houthis soutenus par l’Iran, bloquent une voie maritime stratégique, le canal de Suez. Ce détroit est crucial pour le transport du pétrole du Golfe vers l’Europe et l’Asie. De plus, le conflit entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que les tensions entre les États-Unis et l’Iran, aggravent la situation. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a déjà dû réorienter une partie de ses livraisons pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Si ces perturbations s’aggravent, jusqu’à 5 millions de barils de pétrole par jour pourraient manquer sur le marché mondial.
Le prix du baril de pétrole brut a atteint des niveaux records ces derniers jours. Jeudi, le baril de Brent (référence mondiale pour le pétrole extrait en mer du Nord) a dépassé les 100 $US, un seuil qui n’avait pas été franchi depuis mai. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), a également augmenté de 6,17 %, atteignant 92,19 $US. Ces hausses sont directement liées aux tensions géopolitiques et aux perturbations des voies d’approvisionnement. Patrick De Haan, analyste pétrolier chez Gasbuddy, prévoit que ces prix pourraient encore augmenter de 5 à 10 cents dans les deux prochaines semaines, en raison de l’impact retardé sur la chaîne d’approvisionnement.
Cette hausse des prix du pétrole a des répercussions sur plusieurs secteurs. D’abord, le prix du diesel, un carburant dérivé du pétrole utilisé par les camions, les trains et les engins de chantier, pourrait atteindre un nouveau record dans les semaines à venir. Cela augmenterait les coûts pour les entreprises de transport et de logistique. Ensuite, Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec, rappelle que le prix du transport est inclus dans le coût de tous les produits vendus en magasin. Ainsi, une hausse du prix du diesel se répercute sur le prix final des biens de consommation. Enfin, les vacanciers sont directement touchés : ceux qui prennent la route pour les vacances voient leur budget carburant augmenter, ce qui peut réduire leurs dépenses ailleurs.
Les analystes s’attendent à ce que les prix de l’essence continuent d’augmenter dans les prochains jours, en l’absence d’un apaisement des tensions géopolitiques. Le franchissement du seuil des 100 $US pour le baril de *Brent* est considéré comme un seuil psychologique, souvent associé à des hausses supplémentaires. Yvan Cliche, chercheur en énergie au CÉRIUM, souligne que la perte de 5 millions de barils de pétrole par jour aurait un impact majeur sur l’approvisionnement mondial. Sans amélioration de la situation au Moyen-Orient, les consommateurs et les entreprises devront probablement s’adapter à des prix élevés pour les prochaines semaines.

