En 1840, un physicien a installé cette sonnerie à Oxford : ses piles fonctionnent encore 186 ans plus tard
Une petite sonnerie électrique installée à Oxford en 1840 tinte encore, après environ dix milliards de coups. Personne n'a jamais ouvert ses deux piles sèches, dont la composition reste une hypothèse.
En 1840, l’université d’Oxford installe une sonnerie électrique qui fonctionne toujours en 2026, soit 186 ans plus tard. Cette sonnerie est considérée comme la pile la plus durable au monde par le Livre Guinness des records. Elle est composée de deux piles sèches d’origine, jamais ouvertes, et d’un mécanisme simple : une petite bille métallique de 4 mm de diamètre oscille entre deux cloches en laiton, produisant un son environ deux fois par seconde. Au total, elle aurait effectué près de dix milliards de coups. Le mécanisme ne s’arrête pas car il consomme très peu d’énergie à chaque mouvement, grâce à une tension électrique élevée mais un courant extrêmement faible. Cette sonnerie n’est pas une machine à mouvement perpétuel, car elle finira par s’arrêter lorsque les piles équilibreront leurs charges ou que la bille s’usera.
Le principe de la sonnerie repose sur des piles sèches de Zamboni, une technologie inventée au début du XIXe siècle par le physicien italien Giuseppe Zamboni. Ces piles sont constituées de milliers de disques de papier recouverts de feuilles métalliques et enduits de dioxyde de manganèse, un composé chimique utilisé comme électrolyte. Les piles sont enrobées de soufre pour les isoler et préserver leur électrolyte. Chaque passage de la bille entre les deux cloches transfère une charge électrique minuscule, suffisante pour maintenir le mouvement sans épuiser rapidement les piles. La bille, en touchant alternativement chaque cloche, se charge électriquement par électrostatique, un phénomène où des charges opposées s’attirent. Le son produit est aujourd’hui inaudible pour l’oreille humaine, car la charge est trop faible pour frapper les cloches avec suffisamment de force.
La sonnerie électrique d’Oxford a été installée par le professeur Robert Walker, titulaire de la chaire de physique à l’université d’Oxford entre 1839 et 1865. Walker l’a acquise pour sa collection d’instruments scientifiques destinés à l’enseignement. Une étiquette apposée par ses soins indique la date de 1840, mais une note ultérieure suggère que l’appareil pourrait avoir été fabriqué dès 1825. Personne n’a jamais ouvert les piles pour en étudier la composition exacte, par crainte de mettre fin à la plus longue expérience scientifique en cours. Les physiciens d’Oxford attendent que le mécanisme s’arrête définitivement pour analyser les piles et compter leurs couches. L’humidité peut ralentir la bille, mais une fois l’air asséché, elle reprend son mouvement. La sonnerie est aujourd’hui protégée par deux épaisseurs de verre, ce qui permet aux visiteurs de voir l’appareil vibrer sans entendre le son.
L’université d’Oxford présente cette sonnerie dans son *archive historique du département de physique*, soulignant son caractère exceptionnel. Le *Livre Guinness des records* la reconnaît comme la pile la plus durable au monde, dépassant toutes les autres expériences de longue durée menées par des universités. Aucun autre appareil de laboratoire encore en service ne remonte aussi loin dans le temps. La sonnerie illustre la longévité des technologies du XIXe siècle, ainsi que la précision des mécanismes conçus à une époque où l’électricité commençait tout juste à être maîtrisée. Bien que le son ne soit plus perceptible aujourd’hui, la sonnerie reste un témoignage unique de l’ingéniosité scientifique de l’époque et un objet d’étude pour les physiciens modernes.

